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ou le récit du voyage au pays de mon enfance

Bhebak Ya Lebnan, Fairouz


Anna Valenn, Le Blog

dimanche 15 février 2009



Coucher tardif, réveil matinal, difficile de dormir les émotions en pagaille. Man’ouché chaude, café. Douche, coupure d’électricité, dans le noir je confonds shampooing et détergent... Les coupures sont fréquentes, le “moteur” prend le relais, plus ou moins vite, la prochaine fois je le saurai.


8h30, hop, dans le taxi réservé. Le petit (1), malade dès les premiers virages. Pharmacie Chaker ouverte 7j/7, 24h/24 : Gravol, bien efficace.


C’est parti pour les lacis de montagne. Bécharré, musée Gibran Khalil Gibran. Des peintures, un style, quatre visages de femmes dessinés au crayon, des brouillons, en arabe, en anglais, selon la pensée exprimée. Les Cèdres enneigés. Un bel arbre millénaire sort fièrement d’une maison. Une petite forêt, des pousses. Allez, on ne va pas traîner notre déception. Vallée de la Kadisha, verts et gris, paisiblement emmêlés. Des croix signalent des moines solitaires, ça et là, disséminés. Pique-nique de provisions achetées au Khubz el sultan, méli-mélo de fatayer, lahm be aajin et autres délices. Saint Antoine aux trois clochers, des grosses chaînes pour délivrer de la folie, des casseroles offertes pour conjurer la stérilité. Un moine, convaincu, explique les miracles accomplis.


Ehden, station estivale, morne et triste l’hiver. Descente vers Batroun, en passant par la sanguine Zghorta, fief des Frangié, de triste mémoire. Des constructions, restées en plan, défigurent le paysage. La guerre, pas d’Etat, chacun fait ce qui lui plaît... Le mur des phéniciens redonne de l’espoir, Sainte Marie de la mer veille.


Check-point, le petit : “maman, ils ne vérifient pas qu’on a bien mis nos ceintures de sécurité ?" - "Non, habibi, ici, ils ont d’autres priorités.”


Jeune, les barrages me terrorisaient. Flingue dans la boîte à gants de notre taxi-ramassage scolaire improvisé, de Raouché-ouest, à Rabweh-est, passage par no man’s land où consigne était de se recroqueviller, des snipers, une balle perdue...


Avant, c’était le paisible car vert aux couleurs de Jesus & Mary Convent School que j’attendais tôt le matin, rue Nazlet Caracas, en jouant avec Ingy, mon amie égyptienne, et autres voisins musulmans attendant le bus de l’IC (International College, laïc). Et maman, qui surveillait du haut de notre balcon. A mon retour d’école, “Anna, y a de la crème caramel” (ou du custard, selon la grande fantaisie de maman !), dans les petits pots en tanak. Tout le reste, j’ai laissé, mais ces pots, je les ai récupérés, avec mes bulletins scolaires, via ma tante Mimi (Marie), restée à Sin el Fil-est, un mari artisan-réparateur de machines à écrire, une boutique en centre ville qu’il ne voulait pas lâcher, sous les balles, mais chez soi.


De la crème caramel dans ces pots en tanak, j’en ai fait à Rueil, "bof", m’ont dit les garçons.


Pour dîner, de la chawerma, que maman a laissée mariner depuis la veille...




lundi 16 février 2009



Petit déjeuner de aish arabi, labneh, wa zeitoun. Storium, supermarché convivial, maman me présente à Abou Fouad (2), l’attaché aux légumes, sa fille, en visite de France, de Paris, avec ses trois enfants et son mari (3), français. "Ahlan, Ahlan !" (4) Pour remercier, je prends des photos, Abou Fouad prend la pose fièrement.


J’ai oublié le principal : maman a bravé sa peur, le courroux protecteur de papa, “rouho, mouto” (5), et pris le volant, sous mes encouragements. Il est vrai que la conduite, ici, est dingue, le code de la route, on oublie, les uns doublent sur la droite, les autres clignotent d’un côté, tournent de l’autre, contre sens sur voie rapide, et j’en passe. Les feux rouges, c’est pour faire joli.


Il pleut des cordes. Les enfants rigolent, ce n’est pas pire qu’en Bretagne ! Frédéric conduit la voiture coréenne, 7 places, de location. Papa fait bonne figure, c’est que Frédéric nous a raconté le retour de l’aéroport, épique, “il m’a tout fait”.


City Mall, “tu vois, Anna, c’est comme Parly 2, on ne manque de rien et tu as vu, toutes ces qualités d’olives et de zaatar, chaque fois que papa voit ça, il dit, feinek ya Anna.” Je trouve ça un peu déprimant, les Célio et autres Timberland. Bon, va pour Yes Man, divertissant, Jim Carrey, dépuis Eternal Sunshine, je l’aime. On sort du Mall, la pluie a cessé. Je propose une balade dans le centre ville rénové. Accord immédiat de tous. Merci, Yes Man.


Le centre ville a vraiment de la gueule. Nettement plus élégant que celui d’avant. Je me souviens du souk, dégoûtée, je ne voulais pas y aller. Des coups de feu au loin, Nasrallah aurait parlé... Ca ne nous impressionne pas plus que ça.


“Anna, ici c’était où j’avais acheté ton landau” me dit maman, et papa d’enchaîner, “et là, c’est où nous avons débarqué d’Egypte, ta mère et moi, 100$ en poche”. Des amis d’amis les avaient hébergés.


Sur le chemin du retour, Abou Joseph, lahm be aagine aussi bons que dans mon souvenir. Au diable les calories, ce n’est pas tous les jours qu’on mange son enfance.




mardi 17 février 2009



Sabah el kheir ya folla.


Il pleut et la météo prédit pluie jusqu’à samedi. Ambiance. Allez, on se bouge. Tripoli. Frédéric conduit, façon circuit 24. Gueddo guide, façon Tom Tom. Ca chauffe. “La franchise en cas d’accident, je te préviens, elle est pour toi.”


La côte, belle, mais gâchée par ces constructions, laides ou inachevées. Vive la loi littoral.Tripoli (6), un bazar monstre. Un cycliste, un chien, suicidaires, des vaches. Un 4x4 roule allègrement sur le trottoir. On se gare, on met des sous dans le parc-mètre.


Le Futé, article lyrique : “Des bonnes odeurs de cuir et d’épices” ? Mais pour être vivant, c’est bien vivant. Le souk el dahab, pittoresque, ni plus, ni moins que celui d’Istanbul. Quelques barbus, drapeaux du Hezbollah. Mosquée, magnifique, en cours de restauration. Le chef de chantier, archéologue-architecte explique, passionné, je traduis ce que je comprends.


Khan el Saboun (7), maman m’offre une huile parfumée aux essences de jasmin. Hum, je sens comme ces colliers de fleurs que j’aimais mettre autour du cou. J’ai hésité avec senteur fol, je suis bien la folla de maman, mais cette senteur de jasmin arabe me fait l’effet de rentrer au harem.


On grimpe jusqu’au château Saint Gilles qui trône sur la ville depuis le XIIème siècle. Le gardien nous fait un prix. D’un côté la mer, de l’autre, les sommets enneigés, vue libanaise. On vadrouille en faisant attention à où on met nos pieds. Je tremble un peu pour les enfants, aucune rambarde pour protéger du vide.


Déjeuner chez El Soufi, boui-boui. Pénurie d’eau. Maman sort son désinfectant qui pue, dixit certains... Je mange avec mes doigts. C’est vraiment bon.


On commence à avoir notre dose du concert de “klaxons”, papa, maman et moi, de notre sentiment d’insécurité.


Frédéric veut aller voir la soufflerie de verre indiquée dans le Futé, “tu sais, ce serait bien des verres libanais, en Bretagne.” Disparue, rasée par les israéliens nous explique-t-on. Pas de polémique. Nous sommes en vacances. On suit une auto au coffre ouvert sur des poutres qui n’ont qu’une envie, glisser et nous coûter la franchise. Le gars avait un i-phone et nous avait gentiment proposé de le suivre. Mais, faut croire que nous ne nous sommes pas bien exprimés, la nuance verre soufflé, vitres industrielles... Dix bornes, pour plein de rires.


Nous rentrons. Je m’endors, au son de la grêle qui frappe, pour me réveiller devant Le Crémier, et ses glaces aux parfums naturels, enrobées de pistaches concassées. Halte chez un marchand de légumes, petites courgettes, minuscules concombres. Va falloir réapprendre à cuisiner le “pas de goût”, de retour, à Paris.




mercredi 18 - vendredi 20 février 2009



J’étais partie pour décrire Beït el Dine, dans la belle montagne du Chouf, fief des Joumblatt, Baalback la majestueuse, dont le festival d’été me fait rêver, opéras et musique de chambre dans un décor de ciné, Aanjar l’arménienne, visitée le jour de la Saint Vartan, patronyme de mon patron préféré, un charme fou ces vestiges omeyyades, entourés de douces collines...


Mais je n’en ai pas envie.


Juste vivre, ressentir, laisser émerger le longtemps refoulé, comprimé.


Prendre des photos. Plein de photos, moi qui n’en prends habituellement pas. Les dater, les trier. Les transférer à maman, sacré micmac, de Mac à PC et maman veut tout avoir, tout savoir de ce que je ressens.


Maman, bientôt 70 ans, un enthousiasme de petite fille qui me ravit. J’espère bien garder sa fraîcheur. Entre les visites touristiques, Frédéric est venu pour ça, on s’échappe pour le marchand de fruits préféré, et là, Anna ya folleti, c’est le boucher, le meilleur du quartier, tu sais la chawerma dont vous vous êtes régalés, la viande c’est de là qu’elle venait. Pascale, la manucure, un rendez-vous, offert, casé et dont je me souviendrai.


Maman, réservée et décidée... Et papa, solaire, d’un optimisme à toute épreuve, meaffret et de mauvaise foi. A 75 ans, il traverse les rues le premier, “suivez-moi”. Faut dire qu’ici, c’est sacrement risqué. Mais papa n’a peur de rien, calcule les risques, jamais résigné.


Orphelin de père à 6 ans, 7ème d’une famille de 9 enfants, la pauvreté digne. Etudes d’ingénieur, boursier, livres empruntés, toujours premier, fallait bien ça pour mériter le privilège de n’avoir pas à aussitôt gagner sa vie, pour contribuer.


Fuites d’Egypte, de Libye, du Liban.


A 50 ans, en pays étranger, démissionné pour “incompatibilité d’humeur”, il reprend le chemin de l’école, à ses frais, se met à son compte avec succès, maman, à ses côtés.


Les difficultés, mes parents les ont surmontées, et main dans la main, ils en ont ri.




samedi 21 février 2009



Mes parents sont nés en Egypte, Roxane, à Alexandrie, Joseph, au Caire, à Choubrah, pour être précis, une fierté pour ceux qui s’en sont sortis. La folie de Nasser, une vie sans avenir, ils ont fui, le 9 août 1962, via Jérusalem en faisant, la peur au ventre, faux bond à leur groupe de pèlerins. Chopés, c’était la case prison. Ma téta (8) Aïda, maternelle, orpheline élevée par les soeurs de la Deutsche Schule. Ma téta Samiyya, née à Alep, d’un père arménien. Certes, les arrières grands-pères portaient tarbouche, l’un au bord de l’eau, vers Saïda où nous allons aujourd’hui, l’autre à Reifoun, montagne réputée pour son air sec et sain, dans laquelle nous “estivions”, un mois, tous les étés, à l’hôtel Saint-Roch, soupe aux lentilles, dite Esaü, nous faisions du vélo sur le trottoir (en Bretagne, je ne circule qu’à vélo, une liberté dont j’ai manqué).


Sur trois générations, je suis la seule à être née au Liban, à Achrafieh, détail faisant partie du pedigree, comme en France, les grandes écoles. J’y ai vécu 8-9 ans, en étrangère, bien plus qu’à Paris, aujourd’hui, où il m’arrive de l’oublier.


Francophones et philes, mes parents parlaient français avec nous, entre eux, égyptien, et quand ils ne voulaient pas que mon frère et moi les comprenions, allemand. En public, papa s’efforçait de parler libanais, en prenant le bon accent, histoire de s’intégrer, peine perdue, aussitôt démasqué. Maman, dont l’arabe a toujours été bancal, école allemande oblige, parlait peu. Quant à moi, l’arabe, j’y étais allergique, un rejet. Je me souviens, je devais avoir 11-12 ans, je venais malgré tout de décrocher un 11/20. Un ouvrier, à la maison, réparait les stores à lamelles, bien pratiques pour protéger du soleil, tout en faisant passer le vent. Cet ouvrier me demande de lui passer quelque chose, j’entends “ebrekheit” qui ne me dit rien, je le fais répéter et le voilà à sermonner “aalemo, weladkum aarabi” (9). Ca devait être la première fois que j’ai pensé : “je t’emm..., j’apprends ce que je veux.”


Revenons à notre programme serré de visites. Aujourd’hui, c’est Saïda et son Château de la mer, construit par les Croisés, Tyr et ses ruines romaines, au bord de l'eau. A quelques kilomètres de distance, on passe des portraits de Hariri aux drapeaux jaunes, drapeaux noirs - le culte de la mort - du Hezbollah. Je me sens encore moins rassurée qu’a Tripoli, les enfants ne comprennent pas. Moi, si.


Il fait grand vent. Déjeuner abrité, au bord de l’eau, face au fanar. J’ai toujours aimé les phares, celui de Beyrouth éclairait le balcon où j’aimais dormir les soirs d’étés. Café turc et chicha. Qu’on est bien. Dedans.


Dehors, je me demande où sont passés les milliards généreusement distribués par l’Iran ? Je ne vois que délabrement. Une cérémonie d’enterrement. Que des hommes. La ruelle est étroite. Nous voilà coincés. Attention, pas d’accident, ce n’est ni l’endroit, ni le moment. Réflexe, j’ouvre la fenêtre, je parle en arabe et je souris. Ca marche. On nous fait passer.


Direction Beyrouth, à la tombée du jour, le muezzin chante, les cloches sonnent, on est de retour en pays familier.




dimanche 22 février 2009



J’écoute sur Youtube “B'hebak ya Lebnan” de Feyrouz. "Kif makent b'hebak. Bijnounak b'hebak. Btisaal chou bini, chou le ma bini. Iza inti btetrikni, dinia terjaa kezbe. Itaazab ou ichfa. Baladna aam biyekhla’ jdid.” (10)


Byblos, château des Croisés dominant la mer, le vieux port, les phéniciens, inventeurs de l’alphabet et du zéro.


Il fait grand vent. On quitte la côte pour le repaire des célèbres trois frères Basbous, sculpteurs de bois d’olivier et de pierre. La plus belle sculpture du jardin, n’en est pas une, un arbre aux formes féminines. Les collines vertes et grises promettent le printemps.


Déjeuner de saroukh (11), pied-de-nez, délicieux, à la peur.


Et pour finir, boucler la boucle, Rabweh, Convent School of Jesus & Mary. Le préau de la "elementary division", je m’y revois blessée par Carole, ma meilleure amie, parents “ex-égyptiens”, comme moi, “ton père est petit”, m’avait-elle dit. La cour de récréation des “intermediate division”, les deux clans, les “vraies” libanaises et les “pas de chez elles”. L’allée qui contourne l’école, mon circuit de révisions. J’ai toujours aimé apprendre en marchant. L’école s’est agrandie. Les alentours sont bien moins sauvages. Plus d’échappée possible.


C’est dimanche. L’école est déserte. Que j’aimerais revoir l’indisciplinée et belle Sister Peter, à l’origine de mon amour de l’anglais et faible pour les Irlandais. C’est du passé. Allons, rentrons.


Dernières photos transférées, les films aussi, maman les veut.


“La kul soual, jaouab” (12), proclame, optimiste, le journal Mousta'bal.


Maman, discrètement, au petit : “tu aimerais revenir ?” - “Oui téta, dès que possible, et très souvent.”


C’est aussi ce que j’aurais répondu, en ajoutant, “tant que vous y serez, toi et papa, après, je ne sais pas.”


C’est que plus rien ne m’y attache, hormis mes parents, et ces quelques souvenirs re-visités. Ma vie est en France. Et j’y retourne.





(1) Guillaume


(2) au Liban, système d’appellation nordique inversé, un homme devient “père du fils aîné”


(3) mes trois fils, Alexandre Antoine et Guillaume ; Frédéric est mon mari.


(4) "Bienvenue !" Cette formule et ses chaleureuses variantes seront entendues tout au long du séjour et absolument partout


(5) "allez mourir" - en Orient, on est vite excessif


(6) deuxième ville du pays, Saïda est la troisième


(7) savon


(8) téta, mamie; papy, c'est gueddo en égyptien, jeddo en libanais


(9) "apprenez donc l’arabe à vos enfants"


(10) “Liban, je t’aime”. "Tel quel. Avec ta folie. On me demande si je vais bien. Que répondre ? Si, toi, tu m’abandonnes, le monde ne sera plus que mensonge. Tu as souffert, maintenant, guéris. Notre pays est entrain de renaître." (traduction libre)


(11) fusée


(12)"à chaque question, une réponse"


ou la balade irlandaise




Mardi 3 juillet 2000

Partons, partons pas ? X. appelle tout énervé alors qu’on est sur le départ : Frédéric doit être à 13h30 à un “pitch” hyper important (pour les non initiés, il s'agit de présenter à un client potentiel les références sur un sujet donné dans le but de décrocher un mandat. Qui dit mandat, dit bonus, d'où la diligence de Frédé). Le big boss propose que les enfants et moi précédions “l’incollable sur le sucre” par ferry et que celui-ci nous rattrape par avion. Frédé, modeste quand ça l’arrange, soutient que son apport ne sera pas déterminant. Il résiste donc mais passera des heures au téléphone à “briefer” ses adjoints pour ne pas donner l’impression d’avoir abandonné le navire. Je fais bonne figure, songeant à la cuisine campagnarde de mes rêves de la maison de Bretagne qui est peut-être en jeu.  Pique-nique près d’Omaha Beach dans un coin bucolique, mare odorante et vue sur le clocher d’une charmante église normande.  Embarquement à Cherbourg. La cabine, au dernier sous-sol, sans hublot, est mitoyenne des toilettes. Finalement, je suis moins claustro que je ne ne pensais, et les toilettes à côté s’avèrent pratiques avec Alexandre malade.  Dîner au self. Dodo.   



Mercredi 4 juillet 2000  


Dans les nuit, la tempête. Le vent force 7 ralentit la progression du bateau et nous voilà avec 2h30 de retard. Pour tuer de temps, de palpitantes parties de Uno avec les enfants, Guillaume, 2  ans, faisant équipe avec moi.  A 15h00, on regagne la voiture dans laquelle nous déjeunons des restes du pique-nique de la veille en attendant de sortir des cales. Une heure, enfin, après désinfection des pneus, fièvre aphteuse oblige. Nous voilà sur la terre des ancêtres de Frédé. Avec la tempête, on s’était fait à l’idée que le mauvais temps nous accueillerait. Pas du tout : il fait 20° et soleil.  On roule vers la côte : r-à-s. Au bout d’un moment, le souci est de savoir où planter notre tente Go Sport. Et là, ça se gâte : tous les champs sont occupés par vaches et moutons. De tracteur, donc de fermier, point à l’horizon. Faute d’endroit où dormir, cherchons de quoi manger. La supérette dans laquelle nous entrons semble appartenir au tiers monde. Pas de fromage, ni de charcuterie. Pour fruits, des bananes, pour légumes, de méchantes tomates. Pour les gourmands de la famille, la déprime.  Au bout de 2 heures de recherches, on finit par tomber sur un tracteur. Frédé demande au conducteur la permission d’occuper pour la nuit l’un de ses terrains. Il accepte et nous montre un champs avec une vue magnifique. Le hic, c’est les bouses fraîches. On se replie sur le bord de la route jouxtant le champ, même belle vue, sans les bouses, mais avec le vroum des voitures. Après le repas frugal, nous voilà dans nos sacs de couchage. Les odeurs de pied sont tout à fait supportables. Frédéric se met à lire, moi à écrire ces quelques lignes et les enfants à les commenter.  PS (à ne pas faire lire à gueddo, grand-père en égyptien, ie mon papa adoré) : à chaque déception concernant un endroit potentiel où dormir, Frédé se met machinalement à rouler à droite. Appels de phare et gestes évocateurs le remettent sur la bonne voie.   



Jeudi 5 juillet 2000  


La nuit fut dure pour le dos. Les enfants, tout-terrain, dorment comme les pierres qu’ils ont sous le dos. Pour moi, une envie la nuit se révèle un véritable petit challenge : trouver la sortie dans le noir, ne pas écraser Antoine qui dort en paillasson, tâtonner pour ouvrir la fermeture éclair. Ouf, dehors la lueur du village à l’horizon.  Réveil matinal à 5h00 pour Frédé et moi, réveil étalé de 6h à 6h30 pour les enfants. Moi, de mauvais poil, la bouche pâteuse, réclame d’urgence un café. Frédéric se déplie péniblement. Il ne dit rien, mais aux grimaces, c’est certain, il a mal partout. Il part courageusement à la recherche du camping gaz tout neuf à inaugurer. Mais déception, on a oublié allumettes et briquet. Donc ce sera céréales et lait froid.  Le paysage idyllique ne parvient pas à dissiper totalement le désagrément de n’avoir pas d’eau pour se débarbouiller, cuillères introuvables. Guillaume refuse obstinément de "faire"   dans la nature. Il lui faut une maison. On transige sur le pot.  8h00, départ pour la ville de Moby Dick, mignon petit port. Les cafés, la ville n’ouvrent pas avant 9h30. On fait un petit tour et puis s’en va. Direction Jameson Heritage Center, une distillerie du 18ème  reconvertie récemment en musée. Les secrets de la fabrication du whisky nous sont révélés.  On enchaîne sur Cork, 2ème ville après Dublin, 160 000 habitants. La ville est quelconque. Mais le déjeuner dans le coffee shop d’une galerie d’art valait le détour (ce sera notre meilleur repas du séjour). La bonne humeur est retrouvée.   En route pour un château fort. Les enfants dorment. Il fait chaud. Nous renonçons à  notre projet. Direction Kinsale, la ville où nous prévoyons de dormir. L’épopée commence. Pas de panneaux ou alors fantaisistes, un labyrinthe fait pour éprouver les nerfs de Harry Potter. Après avoir tourné en rond pendant une heure, Frédé se décide à demander le chemin à la première “locale” que nous croisons. Nous voilà sauvés.   A Kinsale, sur mon insistance, direction B&B chaudement recommandé par le Routard. Les dieux me soutiennent dans la quête d’une douche : la plus belle chambre est libre avec vue panoramique, de gauche à droite : jardin-océan-campagne. Je vais jusqu’à négocier une réduction de 8£ pour emporter l’adhésion sans réserve de Frédé. C’est gagné, on sera propres !  Kinsale est un petit port a-do-rable. Balade, pique-nique, fête foraine. Fait notable, Alexandre et moi infligeons à Frédé et Antoine une humiliante défaite au babyfoot tandis que Guillaume est confié aux soins d’un bateau-manège dont il est prisonnier. On s’endort comme des masses. Les enfants feront le tour du cadran.   



Vendredi 6 juillet 2000  


Excellent Irish breakfast (fruits, céréales, toasts-confiture maison, saucisse-bacon-oeuf pour les enfants, saumon sur mousse d’oeufs aux herbes pour Frédé et moi). Discussion avec des américains ouverts : une géologue spécialiste de l’Asie centrale, démocrate-anti-Bush et son père-vieux républicain. Tout y passe, talibans et gazoduc, peine de mort, réchauffement climatique.  Je demande à Myrtle, notre hôtesse, sa recette du Irish brown bread. Son mari nous apprend que ses ancêtres étaient français. Le Vis s’est transformé en Lewis. Le Vis- Lévy ? Je me promets de me pencher sur la question de l’exil, au 17ème siècle, des juifs de France.  Rassasiés, nous partons à la découverte du sud. On commence fort, par les ruines d’une abbaye franciscaine du 15ème et son cimetière envahi d’herbes folles, sur une colline sauvage bordant l’océan. Antoine boude pour une raison par nous inconnue et tire sur son T-shirt tout neuf acheté en soldes chez Petit Bateau, sensé être le “bel habit de l’été”.  L’enchantement continue, la cote découpée, les petits ports colorés et fleuris. Mes hommes se baignent dans un “lough” limpide. En ce qui me concerne, un bain de mer sans la perspective de pouvoir me rincer dans un proche avenir, dépasse mes limites déjà atteintes par la température de l’eau. La balade sur la colline ombragée jusqu’à l’océan est délicieuse, les enfants marchent, la carotte ce coup-ci est un gâteau supplémentaire à qui arrive le premier à la destination prévue pour le goûter. Sans surprise, le gagnant est Alexandre !  Halte dans un Spar. Nous savons maintenant que c’est la principale chaîne de supérettes en Irlande pour laquelle Frédé à un mandat. Nous n’ignorons plus rien sur l’état de la concurrence (Centra, Super Valu…). Nous constatons qu’il y a des grands Spar, des moyens Spar, et des petits Spar. Pour seuls légumes, dans les grands Spar, il y a tomates et concombres. Dans les moyens, il y a tomates. Dans les petits, rien d’autre que des patates rabougries. Pour le reste, aucune influence sur notre régime alimentaire : céréales-lait, le matin, jambon-fromage-pain prédécoupées (le laguiole est beau mais ne coupe pas terrible), yaourt pour moi et Lactimel, jours de fête, pour les autres (20 francs les 4).  Provisions faites, c’est la recherche du coin idoine où planter la tente. Les rues sont désertes. L’intuition d’Alexandre frappe, il conseille d’aller interroger le conducteur d’une voiture que nous croisons. Celui-ci nous indique une maison désertée. Le tour est joué. La vue est splendide, côte sauvage, château rose au soleil couchant. L’allée dans laquelle nous nous installons est abritée et nous avons désormais des allumettes. J’ai droit à une soupe en conserve réchauffée et commence à trouver le camping amusant.  La distribution des duvets vaut discussion pour savoir qui aura le duvet de papy, il est vrai peu avenant. Antoine, grand seigneur, fait le sacrifice. (par la suite, et après enquête, il s’avèrera que c’était en fait, le premier duvet de mamie)   



Samedi 7 juillet 2000  


Je me lève à 4h00. Ciel dégagé, pleine lune d’un coté, soleil qui commence à réchauffer l’horizon de l’autre. Réveil général à 6h30. Café, chocolat chaud, et vive le bleuet ! A 9h00, en voiture Arthur, Frédé consciencieusement consulte la messagerie de son portable. La veille, il a reçu 14 messages, chiffre dont l’évocation le remplit d’importance et me gonfle par ricochet.  Déception donc à l’écoute du seul message, celui de Nicolas, son frère, qui entre 2 avions, demande de nos nouvelles. Je console mon mari, c’est samedi, sûr lundi, il y en aura plein de nouveaux messages.  Direction Mitzen Island. Les beaux paysages, les ports colorés, se succèdent. Nous sommes blasés, il nous faut plus ! Le National Park nous l’offre, un enchaînement de merveilles. La seule fausse note et à nouveau culinaire, nous déjeunons dans un pub pour  touristes. Je suis fâchée avec cette nourriture estouffe (pas terrible pour ma ligne déjà courbe) et qui sent la cantine de Jesus & Mary, mon école de quand j'étais petite au Liban. Frédé argumente, ce qui compte c’est le cadre et c’est parti pour 5 mn d’échanges, hmmm... vifs.  La visite de notre deuxième abbaye en ruine nous réconcilie. Guillaume nous ordonne de visiter une seconde fois ce “château nendroit” (par la suite nous comprendrons sa classification : le “château nendroit” indique des ruines, et s’oppose au “château tout construit”). Sortis de l’abbaye, il prend à Frédé de compter ses fils. Il en manque un. Antoine n’a pas suivi !  Ross Castle amuse moins les petits. Guillaume et Antoine font les fous. Guide et compagnons de visite demeurent stoïques (dans des conditions comparables, en France, un visiteur grincheux avait demandé où se trouvait les oubliettes pour enfants, je ne vous dis pas mon regard qu'il s'était pris).  En voiture, Frédé passe la cassette de Harry Potter. Je m’endors.  Re-courses pour le repas du soir. Frédé se lâche, il y aura Kit et Kat pour le dessert et micro-Mars pour sous la tente (comme dans Liberté-Oléron). Il propose même du Nutella pour le petit déjeuner ! Nous pique-niquons au Connor Pass, le point culminant de l’Irlande. Il fait froid et venteux, mais le paysage est féerique. Montagnes pelées.  Puis en route pour Dingle. Selon une méthode désormais éprouvée, j’entre dans une ferme, raconte que la grand-mère de Frédé était irlandaise, et nous voilà installés confortablement dans un champs d’herbes douces, entourés de collines cultivées, sans crainte d’être réveillés par moutons, vaches ou taureaux. Chacun remplit efficacement son rôle, Frédé et fils aînés montent la tente tandis que Guillaume et moi apportons tapis de sols, sacs de couchage, pyjamas, plaids. Nous voilà des pros du camping. Un dressing est improvisé dans un coin, nous nous alignons pour dormir, tête vers l’ouverture. Ca sent l’organisation ayant atteint la partie asymptotique de la courbe d’expérience supposée être logarithmique.  Tous dorment déjà hormis Guillaume qui me tient compagnie tandis que j’achève cette page.   



Dimanche, 8 juillet 2000  


Je me réveille avec une gratouille terrible. Des bestioles non identifiées se sont régalées sur moi. Les autres sont indemnes.  Petit déjeuner, rangement, départ. Il fait gris, la pluie menace. Dingle est pleine de touristes. On passe à l’office de tourisme. Aucune info pertinente mais achat de souvenirs. Antoine pleure, il voulait une petite maison-boîte à musique ? Et Frédé lui a choisi une règle pour l’école. Guillaume est très énervé. Visiblement il manque de sommeil. La balade à pied sur la presqu’île, 3 étoiles au guide vert, est compromise.  Direction donc Gallarus, une petite chapelle du 6 ou 7ème, bateau renversé en pierre sèche. Je suis émue par ce que dégage ce petit abri aux formes pures, dressé entre mer et colline. Je m’assieds sur le muret qui l’entoure, rêveuse. Frédé me presse, on a un planning à tenir. Il cueille une fleur, je ne suis pas contente. Il me répond “qui tu es pour me dire ce qui est bien ou pas…”. La formule fera mouche auprès des enfants qui me la serviront à chaque occasion.  On quitte ce havre de paix pour Tralee une petite ville quelconque. Les pubs sympas ne servent pas à déjeuner le dimanche. On se rabat sur une pizzeria. On se nourrit.  Après la visite de Crag Cave, stalactites et stalagmites n’ont plus de secrets pour ceux qui parlent anglais, ma traduction étant partielle. En voiture, le récit de Harry nous berce.  Frédé et moi profitons de la sieste des enfants pour visiter une abbaye dominicaine. Les irlandais sont décidément vraiment accueillants. Même fermé, le site est ouvert, la grille close permet le passage !  A 17h30, on est en avance sur le programme. Que faire ? A un rythme de touristes japonais, on a déjà vu tous les 2 et 3 étoiles Michelin du coin. On se dirige donc vers Cashel destination que nous avions prévue d’atteindre le lendemain.   Je sélectionne, après moult comparaisons et mure réflexion, un B&B idéal, une belle demeure à laquelle on accède par une allée digne de figurer dans les rêves de Nicolas. Le problème est que notre Routard est périmé, la patronne s’excuse, elle a pris sa retraite. Je m’adapte, sans avoir besoin d’évoquer de quelconques racines irlandaises, j’obtiens de planter la tente dans le parc (version un peu arrangée à ma gloire).   Frédé est fier de moi, tout est donc pour le mieux. Dès que je sors de la voiture, l’euphorie tombe. Je constate que le sol est jonché de crottes de toutes tailles et consistances. Songeant à ce que c’est ma dernière nuit à la spartiate, je me surpasse, je me munis d’un sac plastique et d’une lingette désinfectante et me mets à assainir l’emplacement prévu pour la tente ainsi que ses alentours. Je remplis ainsi un bon gros sac que je vais verser plus loin. Frédé, impressionné, fera la vaisselle avec Antoine qui cherche à faire oublier l’épisode du jus d’orange renversé sur le plaid qui lui a valu une baffe de son père et quelques minutes au piquet, dans la voiture.  Promenade digestive pour Frédé et moi, accompagnés par le chien de la maison, tandis que les enfants jouent tranquillement sous la tente. De retour, j’écris éclairée par la lampe torche que tient Guillaume. Les autres jouent aux cartes. Re-discussion pour qui prend le duvet de papy. Je suis intraitable, je veux bien ramasser des crottes, manger des sandwichs sécos… mais je tiens à dormir dans un duvet douillet. Frédé s’y colle. A 22h30, rideau.   



Lundi  9 juillet 2000  


Notre quota de nuits sous la tente étant atteint, l’objectif est de trouver un B&B dès que possible. Le premier sera le bon, trèfle affiché, vue sur le château qui surplombe Cashel et la ruine de l’abbaye en contrebas.  Visite du site suivi d’un déjeuner dans un coffee shop. Bonne pioche. Toutefois, Antoine chouine car j’ai opté pour un délicieux gâteau au chocolat, au lieu de la meringue à la crème dont la couleur et la consistance ne m’inspirait pas, Alexandre, lui, grogne parce que Frédé a choisi pour tous du jus de pomme pressé. Guillaume est content.  La découverte du château fort dans lequel Excalibur, Barry Lindon, la fille de Rayan ont été tournés remet tous de bonne humeur. Les enfants s’en donnent à coeur joie. Je tremble, aucun garde corps, la paralysie, voire la mort, guettent. Guillaume déclare que ce “château construit” est trop bien. La belle maquette illustrant une bataille anglo irlandaise l’a visiblement impressionné, il veut rentrer immédiatement à la maison de Rueil pour jouer avec ses petits soldats.  Le programme de visites s’achève par une dernière abbaye, laquelle emballe moins les garçons. Bagarre autour du muffin rescapé du déjeuner qui me laisse indifférente. Je songe à la douche tiède qui m’attend.  Aussitôt au bercail, me prévalant de mon état de “poly-piquée”, j’exige de passer à la douche la première. Mais déconvenue, la douchette ne produit qu’un filet d’eau qui ne parvient pas à mouiller mes cheveux. Je me rabats sur le bain et là, re-déception, il n’y a rapidement plus d’eau chaude. Je me rince rapidement et cède la place aux enfants dont les cheveux attendront des jours meilleurs pour être propres.  On trouve un pub à la devanture assez moche mais qui est le seul à servir à manger, à une clientèle étrangère, comme nous. On entre résignés. Mais re-surprise culinaire (il faut dire que ma grille d’évaluation a été révisée). Surtout la soirée musicale est très chaleureuse. Nos voisins de table sont d’un coté des “bobos” parisiens, et de l’autre un couple de retraités, venus célébrer la victoire de leur club de foot. Guillaume et Antoine s’endorment en musique. Moi, je me sens un peu irlandaise ce soir là.   



Mardi 10 juillet 2000


Le “palm pilot” qui fait partie du “survival kit” de Frédé, sonne à 7h00. Petit déjeuner quelconque et départ sous des trombes d’eau. On inaugure nos K-ways Décathlon. Le climat irlandais, qui décidément nous veut du bien, vire au beau dès que nous atteignons les villes que nous parcourons au pas de charge.  A Kilkenny, on renonce à la visite du château et privilégions les achats dans le centre artisanal. Frédé se choisit un pull pour son anniversaire. C’est le jour.  Nous achetons des fraises sur le bord de la route, elles sont délicieuses.  A force de se dépêcher, ce qui devait arriver arriva : nous sommes en avance d’une heure à Roslare. Frédé appelle le bureau. Je m’occupe du sac pour la nuit. Harry aide à faire patienter.  Aussitôt les amarres larguées, le bateau tangue et Alexandre est malade. Bientôt ce sera le tour de Guilllaume qui dans la cabine rend son quatre heures sur moi. Frédé est couché tout pâle. Antoine exulte, il n’a ni boutons, ni mal de mer. Le vent souffle force 9. Je ne suis pas la seule à aller demander à ce qu’on change les draps. Les divers salons sont déserts. Les poubelles sont renversées. Le magasin offre une spectacle de désolation, bouteilles explosées, boîtes de cigarettes jonchent le sol. La nuit, le vent atteindra force 10. Notre cabine, pourtant au dernier sous-sol, bouge tant que j’ai peur qu’Antoine qui dort sur le lit supérieur tombe.   



Mercredi 11 juillet 2000


Frédé se réveille en déclarant que la prochaine fois ce sera avion et voiture de location. Je demande, ingénue, comment on fera pour transporter la tente.  L’arrivée est prévue à 16h30, heure irlandaise, au lieu de 10-11h. Mais ça ne tangue plus. On se hasarde à petit déjeuner. De multiples amusements sont prévus pour faire oublier les désagréments de la veille, dessins animés, musique irlandaise, tours de magie. Déjeuner au Renoir restaurant, les enfants ont droit aux pires “nuggets” de leur existence.  Les appels répétés au propriétaire d’une Toyota Picnic nous mettent la puce à l’oreille. Frédé va aux infos. Renseignements pris, la Toyota est bonne pour la casse. Les motos aussi ont souffert. Notre Xantia Break, elle, est intacte.  Premiers entrés, premiers sortis des cales. Nous sommes à 21h00 à la maison. Je me précipite sur le congélateur. Rarement haricots verts n’auront eu meilleur goût.  Je note le voyage. 10/10 pour l’organisation de Frédé, 8/10 pour le tout, boutons et traversée inclus. Alexandre donne un 8,5 et Antoine un 9.  Dès le lendemain, je m’empresse de préparer le “brown soda bread” version Myrtle avec les ingrédients achetés à Cashel. Depuis j’en fais, et tanne Frédé pour qu'il me rapporte stocks de bran & wheat germ.