the family of the free / la famille nouvelle et libre

Пушка, Alyona Alyona

When I am dead, bury me

In my beloved Ukraine,

My tomb upon a grave mound high
Amid the spreading plain,
So that the fields, the boundless steppes,
The Dniepr’s plunging shore


Anna Valenn, Le Blog

My eyes could see, my ears could hear
The mighty river roar.



When from Ukraine the Dniepr bears
Into the deep blue sea
The blood of foes ... then will I leave
These hills and fertile fields —

I'll leave them all and fly away
To the abode of God,
And then I'll pray .... But till that day
I nothing know of God.

Oh bury me, then rise ye up
And break your heavy chains
And water with the tyrants' blood
The freedom you have gained.
And in the great new family,
The family of the free,
With softly spoken, kindly word

Remember also me.

Taras Shevchenko, My Testament, translated by John Weir. 

Quand je mourrai, enterrez-moi 

Dans une tombe au milieu de la steppe 

De ma chère Ukraine, 

De façon que je puisse voir l'étendue des champs, 
Le Dniepr et ses rochers, 
Que je puisse entendre 
Son mugissement puissant. 

Et quand il emportera de l'Ukraine 
Vers la mer bleue 
Le sang des ennemis, alors 
Je quitterai les prairies et les montagnes 
Et m'envolerai 
Vers Dieu lui-même 
Pour lui offrir mes prières 
Mais jusque-là 
Je ne connais pas de Dieu ! 

Enterrez-moi et debout ! 
Brisez vos fers, 
Et arrosez du sang impur des ennemis 
La liberté ! 
Puis, dans la grande famille, 
La famille nouvelle et libre, 
N'oubliez pas d'accorder à ma mémoire 
Une bonne parole ! 


Le Testament, Taras Chevetchenko, 1814-1861


à la recherche d'alice love / what alice forgot

Stumblin' In, Chris Norman & Suzi Quatro 


Anna Valenn, Le Blog
"Puisque tu insistes, Jeudi - la veille de ton accident -, Ben est venu te donner un coup de main avec ta voiture. Sauf qu'apparemment, tu n'avais aucun problème. C'était un gentil piège."

Aïe ! Qu'avait-elle fait ? Elle se redressa, le visage en feu. Elle n'avait quand même pas fait des avances au mari de sa soeur ? (Pour commencer, ledit mari était une montagne !) Sa rupture avec Nick lui avait-elle fait perdre la tête ?

"Tu lui as offert des muffins à la banane tout juste sortis du four. Il en raffole."

Décidément...

"Avec une tonne de beurre. Le beurre, c'est niet à la maison ! Il a du cholestérol, je te rappelle. Toi qui fais super attention à ta santé."

Elle avait séduit son beau-frère avec du beurre. Son coeur battait à tout rompre.

"Et ensuite, tu lui as servi ton petit speech.
- Mon petit speech ?

- Oui, ton petit speech sur le fait qu'on devait arrêter les FIV et songer à l'adoption. Brochures, dossiers et adresses de sites à l'appui. Tu avait fait toutes les recherches."

Alice ne saisit pas tout de suite. Elle s'était imaginée filer à l'étage pour "se refaire une beauté" et réapparaître en lingerie rouge. Affreux.

"L'adoption, répéta-t-elle, l'esprit embrouillé.

- Oui. D'après toi, on devrait faire un saut dans un pays du tiers-monde et revenir avec un joli petit orphelin, comme Brad et Angelina.

- C'était très présomptueux de ma part." Sous ses airs sévères, elle tremblait de soulagement - elle n'avait pas cherché à séduire Ben. "Indiscret. Intrusif."

Cela dit, l'adoption n'était-elle pas une bonne idée ?


What Alice Forgot, Liane Moriarty
 /A la recherche d'Alice Love, traduction de Béatrice Taupeau chez Albin Michel,  - J'ai écouté ce livre, en anglais, lu par une comédienne au délicieux accent australien. 

Alice a bientôt 40 ans. Une mauvaise chute à la gym, et la voici amnésique des 10 dernières années. Pourquoi est-elle en train de divorcer de Nick, son mari adoré ? Mystère mystère. Voilà, pour l'intrigue principale.
 
Ecoute impec pour un grand rangement, nettoyage de printemps, faire entrer le soleil dans sa maison, et dans sa vie.

avoir vécu le pire éloigne la peur (s'adapter)

Vivaldi by Max Richter


Anna Valenn, Le Blog

Sa soeur était rapide et drôle, emplie de projets. Elle embrassait la vie comme si la vie lui avait manqué, pensa-t-il, et lorsqu'elle tomba amoureuse, elle laissa des silences dans ses phrases. Il entendait le pas sûr et régulier, accordé au souffle, puis sa voix revenait, elle parlait de ce garçon rencontré dans une boutique de disques, qui l'avait attendue, comprise, réparée, on peut aimer sans avoir peur qu'il arrive un malheur à la personne qu'on aime, on peut donner sans avoir peur de perdre, il ne faut pas vivre les poings serrés dans l'attente du danger disait-elle, voilà ce que cet amour m'apprend, et ce que n'apprend pas notre aîné. Notre aîné, murmurait-elle, qui a renoncé.


S'adapter, Clara Dupont-Monot aux éditions Stock  - Un enfant lourdement handicapé en raison d'une aberration chromosomique, aveugle et muet et tout mou, naît troisième d'une fratrie. Chacun réagira comme il est, et comme il peut. Ce roman délicat, et malgré le sujet, suscite de l'apaisement. Magnifique...


L'enfant passa ses quatre ans. Il était plus lourd à porter - puisque sa croissance se poursuivait. On l'habillait de pyjamas qui ressemblaient à des survêtements, le plus épais possible car l'immobilité faisait de lui un être frileux. Il fallait le déplacer souvent, autrement sa peau rougissait par plaques. La position allongée avait aussi entraîné une luxation des hanches. Cela ne le faisait pas souffrir mais il gardait les jambes arquées. Elles étaient maigres, d'une pâleur presque aussi translucide que son visage. L'aîné lui massait souvent les cuisses avec de l'huile d'amande. Car il s'était attaqué au toucher. Il ouvrait doucement les petites mains toujours fermées pour les poser sur une matière. Du collège, il rapporta de la feutrine. De la montagne, des petites branches de chêne vert. Il caressait l'intérieur des poignets avec une brassée de menthe, faisait rouler des noisettes sur les doigts, lui parlait toujours. Les jours de pluie, il ouvrait la fenêtre et glissait le bras de son frère à l'extérieur, afin qu'il sente le contact de l'averse. Ou bien il soufflait doucement dans sa bouche. Le miracle avait souvent lieu. La bouche de l'enfant s'étirait en un immense sourire, assorti d'un filet de voix ravi. C'était béat, un peu niais, cela prenait appui sur un silence et cela repartait, un peu plus aigu, un peu plus ouvert, c'était une musique, pensait l'aîné. Il ne se demandait pas, comme le faisaient ses parents la nuit, quelle aurait été sa voix s'il avait pu parler, quel caractère aurait été le sien, enjoué ou taciturne, casanier ou turbulent, quel aurait été son regard s'il avait pu voir. Il le prenait tel qu'il était.