Affichage des articles dont le libellé est Éditions de l'Olivier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Éditions de l'Olivier. Afficher tous les articles

normal people

Into My Arms, Nick Cave


Anna Valenn, Le Blog

Would he ever hit you? he says.

Sometimes. Less so since I moved away. To be honest I don't even mind it that much. The psychological stuff is more demoralising. I don't know how to explain it, really. I know it must sound...

He touches his hand to his forehead. His skin feels wet. She doesn't finish the sentence to explain how it must sound.

Why didn't you ever tell me about it before? he says. She says nothing. The light is dim but he can see her open eyes. Marianne, he says. The whole time we were together, why didn't you tell me any of this?

I don't know. I suppose I didn't want you to think I was damaged or something. I was probably afraid you wouldn't want me anymore.



Normal People, Sally Rooney Une traduction de l'anglais (Irlande) par Stéphane Roques vient tout juste de paraître aux Éditions de l'Olivier. - Une histoire d'amour-amitié, entre premiers de la classe, sur fond de violences familiales. Ils sont amis, ils couchent ensemble, c'est intense et caché, ils se quittent se retrouvent se requittent et se reretrouvent, elle lui demande de la frapper, il refuse, il déprime, elle maigrit, et nous on s'ennuie un peu, mais on tient dans l'attente et l'espoir du happy end.

Je ne m'explique pas le succès de ce roman, best-seller vendu à plus d'un million d'exemplaires et adapté en série télévisée, si ce n'est son message positif et optimiste (que je salue). L'époque a désespérément besoin de réconfort.


I don’t want to get into a fight with you, she says.

We’re not fighting.

I know you probably hate me, but you’re the only person who actually talks to me.

I never said I hated you, he says.

That gets her attention, and she looks up. Confused, he continues looking away from her, but in the corner of his eye he still sees her watching. When he talks to Marianne he has a sense of total privacy between them. He could tell her anything about himself, even weird things, and she would never repeat them, he knows that. Being alone with her is like opening a door away from normal life and then closing it “behind him. He’s not frightened of her, actually she’s a pretty relaxed person, but he fears being around her, because of the confusing way he finds himself behaving, the things he says that he would never ordinarily say.

le grand marin +1

Just Like A Woman - Take 1, Bob Dylan

Anna Valenn aime les +1ers romans
- Tu me fais peur, il murmure.


Son front roule sur ma poitrine, il reste longtemps ainsi, j'écoute, les battements de son coeur, le roulement étouffé de la circulation sur l'avenue, la pluie, demain je serai partie. Comme s'il devinait mes pensées il dit à mi-voix :

- Demain tu seras partie.

- Oui.

- Je ne peux pas te demander de rester. Pour ce que j'ai à t'offrir.

- Je demande rien. Sa vie faut la gagner tout seul.

- Les femmes aiment bien avoir leur confort, une maison.

- Pas moi. Je veux vivre dehors.

- En tout cas, moi, j'aimerais ça.

- Et pêcher ?


- Pêcher c'est tout ce qui me sauve la vie. La seule chose qui soit assez puissante pour me sortir de tout ça - il fait un geste vague de la main -, mais me construire ma baraque, oh oui, j'aimerais. On aurait un enfant et il s'appellerait Jude.

- Avec moi t'es pas tombé sur une femme comme on les rêve.


- Ça faisait longtemps que j'pensais plus en rencontrer aucune.

- J'suis une runaway, une bête coureuse de routes, je pourrai pas changer. Je finirai dans un shelter.


- Marions-nous.

- Je veux retourner pêcher.

Il me serre contre lui :

- On se marie et on va pêcher ensemble.


- Je veux plus être sur terre. Je crois que j'aime mieux me noyer.

Il s'est redressé pour attraper la bouteille, il ne m'a pas lâchée, sa poitrine écrase mon visage un instant.

- Tu veux un coup de vodka ?


- Non... oui. On boit trop ensemble.



- Moi je bois tout le temps, mais pas toi, toi c'est rien.


Il prend une rasade et me donne la becquée. Je tousse. Je ris. Ses yeux brillent dans l'ombre. Je vois l'éclat de ses dents dessous sa lèvre retroussée lorsqu'il rit à son tour.

- Dormons maintenant.


- C'est ça, dormons.

Quelqu'un de la réception tape à la porte à cinq heures. Déjà la trêve est finie, il va falloir retourner au monde, dehors la rue. Je me dégage doucement des grands bras.

- Dors encore, je dis, faut que j'y aille.



- Je reviendrai te voir, il dit. Je t'écrirai de Hawaï et je t'attendrai. Toujours.




Catherine Poulain, LE GRAND MARIN publié aux Éditions de l'Olivier. Et aussi en format poche chez Points.  -  À une voix près, Goncourt du Premier Roman, à une voix près, Prix du Livre Inter 2016. On s'en fout. Éblouie par la qualité de l'écriture de Catherine Poulain, dont c'est le premier roman, à 56 ans. Un souffle de liberté. Elle emballe. Et avec un récit de pêche en Alaska, parmi des gars qui occupent leur temps libre à se saouler, et une histoire d'amour pour un mec au regard jaune... Catherine Poulain déplace l'horizon.

«conscience de la lutte» (le quai de ouistreham)

Not Afraid, Eminem

Anna Valenn, Le Blog
Un des pires moments, à la section des précaires, était la rédaction de tracts. Cela se passait toujours de la même façon. Les filles commençaient à s'y mettre, puis, au bout d'un moment, un permanent du syndicat venait et lançait : «Alors, c'est pas encore terminé ? On voudrait aller boire un coup.» Il revenait un peu plus tard : «Vous mettez trop de temps. Je vais le faire pour vous.» Aucun n'avait la patience d'écouter ce qu'elles avaient à dire, et il ne fallait pas les pousser beaucoup pour qu'ils lâchent ce que, au fond, ils avaient vraiment dans la tête : ils ne les trouvaient pas au niveau, elles manquaient définitivement de «conscience de la lutte». Ils finissaient par écrire ce qu'ils voulaient sur les tracts et, le lendemain, les filles refusaient de les distribuer. Elles se faisaient traiter de «chieuses». Au fond, les gars ne trouvaient pas très sérieuses «ces histoires de bonnes femmes.»


Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas aux Éditions de l'Olivier ; et en format Points poche  - On est en 2009, Florence Aubenas part à Caen vivre une expérience d'embauche, à plus de quarante-cinq ans, sans aucune qualification ou expérience. Elle sera femme de ménage. Expérience relatée dans ce récit assez éclairant.


Le bon client, donc, a un petit diplôme, une petite expérience, une petite voiture. On appelle ça le profilage.

«Vous avez un véhicule ?

- Non.»

Elle me fixe. Ça commence mal. La voiture, c'est le premier critère des employeurs, même pour des activités qui ne l'exigent pas. Ça vous situe quelqu'un, ça prouve qu'on possède au moins de quoi mettre de l'essence, qu'on n'a pas peur de sortir de la ville, qu'on a un périmètre d'action important.

«Femme seule ? Plus de quarante-cinq ans ? Pas de formation particulière, ni de fiche de paye récente ?»

Dans les yeux de ma conseillère, tous les voyants rouges clignotent. Je viens d'entrer dans la zone Haut Risque Statistique.

Elle tente une dernière question : «Et vous avez des enfants à charge ?»

Quand je lui réponds non, je la vois se détendre pour la première fois.

"what's wrong with you?" (la succession)

La chaleur, Bertrand Belin

Anna Valenn, Le Blog

Jusqu'au 19 décembre 1987, aux alentours de 16h10, j'étais le fils unique d'Adrian, médecin généraliste, dont le cabinet était aussi, en partie la maison de mon enfance et de ma jeunesse. Depuis hier, je suis le dernier des Katrakilis, ce qui excepté pour moi, n'a pas grande signification. En quelques années, les uns après les autres, tous les membres de cette famille se sont supprimés. Et, tout à l'heure, en appelant le numéro donné par le consulat, j'ai appris que mon père s'était, à son tour, conformé à la règle. Le préposé ne m'a pas donné de détails sur la nature exacte de son geste, mais a sobrement observé qu'"aucun doute n'était permis sur ses intentions". Quatre sur quatre. Tous les Katrakilis et les Gallieni dont j'avais partagé l'existence, ceux-là mêmes qui m'engageaient tant à leur ressembler, s'était donné la mort. Le dernier juste après avoir franchi la barre des 77777 miles.



La succession, Jean-Paul Dubois aux Éditions de l'Olivier, et en Points - Paul Katrakilis, diplôme de médecine en poche, se fait embaucher comme joueur de pelote basque en Floride. Il y vit quatre années d'insouciance heureuse, jusqu'au jour où un employé du consulat l'avise du décès de son père. Paul a fait médecine comme son grand-père, et son père. Les deux se sont suicidés, la mère de Paul aussi, juste après le suicide de son frère, l'oncle de Paul, dont elle était plus que proche. Paul revient en France régler les questions de succession. Et... Ici on est chez les originaux, et la famille toxique. 


Ce qui n'allait pas chez moi durant ces années-là ? Je n'en avais sincèrement pas la moindre idée. Je prenais chaque jour comme un bonheur simplifié, une redevance de la chance. Je me faisais l'effet d'un joueur bienheureux qui gagnait un petit gros lot tous les matins, dès le réveil. En fait, j'ai encore une certaine gêne à l'énoncer de cette façon, mais rien, absolument rien n'allait de travers chez moi.

traverser le pont (jacob, jacob)

Ya Rayeh, Rachid Taha
Anna Valenn, Le Blog
Elle dans le creux de son épaule, tous deux immobiles, ils goûtent au silence à deux, aux corps arrimés, tu viens d'où, demande Louise, il répond Constantine. C'est où ? En Algérie. C'est loin alors. Pas tant que ça, on a mis un jour et une nuit en bateau, moi aussi avant je pensais que la France c'était loin. C'est comment, là-bas ? Il dit, la ville est construite sur un rocher, entouré par un fleuve extraordinaire. À un endroit, il y a des sources chaudes, elles jaillissent dans des piscines de pierre, tu es comme un roi dans son bain. Au-dessus, des ponts enjambent le fleuve, il y en a six. Le plus haut, c'est le pont Sidi M'cid. Parfois il y a des nuages en dessous. Tu es dans le vide mais tu ne tombes pas. Tu as peur mais rien ne t'arrive. Tu vas d'un point à l'autre, tu traverses le ciel, penses qu'il peut s'écrouler, qu'il va s'écrouler, surtout quand une voiture ou un camion passe, il tremble, tu trembles avec lui. Louise l'interrompt, j'aimerais voir un pont comme ça un jour, tu as tué beaucoup d'Allemands ? Je ne sais pas, je crois, dit Jacob, qui voudrait esquiver les questions de la même manière qu'elle. Il se demande, qu'est-ce qu'on va faire maintenant, s'embrasser, et puis ensuite ?



Nous aussi on nous a chassés du lycée,
 ils ne veulent plus de juifs,
 ni comme professeurs ni comme élèves,
 alors on a décidé de continuer à donner
 des cours aux enfants, ça se passera 
chez moi, tu viendras tous les matins
 à neuf heures, avait-il précisé en fixant
 Jacob, et on leur prouvera que les juifs
 tiennent par-dessus tout à l'instruction.
Jacob, Jacob Valérie Zenatti publié aux Editions de l'Olivier, aussi en format poche Points. Prix du livre Inter -  Écriture stylée et du souffle, Valérie Zenatti nous fait vivre au sein d'une famille juive de Constantine, des gens simples. Fin de la seconde guerre mondiale, le fils, Jacob, dix-neuf ans, est enrôlé dans l'armée française parmi les tirailleurs algériens pour débarquer en Provence. Les années passent, guerre d'Algérie, Gabriel, le neveu rebelle, combattra côté français. 1961, Cheikh Raymond, musicien juif adulé de tous, juifs et Arabes, est assassiné, et les juifs d'Algérie comprennent qu'ils doivent quitter cette terre.