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Anna Valenn aime les +1ers romans |
trois voeux / three wishes +1
un jour ce sera vide
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Anna Valenn, Le Blog |
Pourtant même pendant ces instants-là, je ne peux pas m'empêcher de me demander à quoi pensent Baptiste et sa mère. Parfois je tuerais pour savoir ce qui se passe dans la tête de Baptiste. Je le tuerais lui. Quand il ne parle pas, je ne sais plus où il est et je m'en veux d'être incapable de penser à autre chose, d'être vide à l'intérieur. Je suis comme une grosse méduse dont les filaments seraient tous tendus vers lui. Est-ce qu'il s'ennuie ? Est-ce qu'il a trouvé ça nul que je ne veuille pas escalader le mur qui va chez le voisin tout à l'heure ? Est-ce qu'il est fier que je sois le meilleur en sauce salade ? Et puis tout à coup il dit à sa mère un truc du genre : "Maman, j'ai pensé à cette symphonie de Beethoven que tu m'as fait écouter l'autre jour, en fait elle n'est pas triste, elle est mélancolique." Ca m'épate et je me dis qu'il doit y avoir énormément de paix dans son esprit pour y laisser germer de telles idées. J'imagine son espace mental comme une très grande maison aérée, avec plafonds de trois mètres de hauteur et parquet ciré, un piano à queue et de grandes fenêtres ouvertes sur un jardin luxuriant. Quelque chose de bien plus confortable que le taudis aux persiennes duquel j'observe le monde.
Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg publié chez Christian Bourgois. C'est un premier roman, et il a obtenu prix du Livre Inter 2021 - On est en Normandie. C'est les vacances d'été. Le narrateur a dix ans, il vit avec sa grand-mère juive et aimante, et une tante folle et poilue. Sur la plage, il rencontre Baptiste qui a un papa une maman une soeur, famille catholique aisée. Ils deviennent amis et un peu plus. Voilà voilà, c'est délicat, et par ci par là, un brin précieux.
les délices de tokyo / an +1
Spring, Vivaldi recomposed by Max Richter
Ces dorayaki spéciaux n'étaient pas réservés à Wakana, Tokue en confectionnait de temps à autre. Elle fourrrait de an ou de crème fraîche les ronds de pâte ratés de Sentarô. Lorsque les jeunes filles avec lesquelles elle parlait à coeur ouvert venaient, Tokue leur en offrait en disant : "C'est gratis."![]() |
Anna Valenn, Le Blog |
"Ceux-ci sont meilleurs", disait Wakana, qui ne tarissait pas d'éloges sur les dorayaki spéciaux. Tokue, aux anges, y rajoutait une cuillérée de miel.
Les Délices de Tokyo, Durian Sukegawa traduit par Myriam Dartois-Ako - Sentarô tient une échoppe de dorayaki, petites crêpes épaisses fourrées à la pâte d'haricots rouges sucrée. Madame Yoshii, vielle dame aux doigts tout handicapés propose de l'aider à les améliorer, c'est que des dorayaki, elle en a fabriqués pendant cinquante ans. Entre eux naît une touchante affection filiale.
J'avais vu au cinéma Les Délices de Tokyo, une merveille de poésie et d'émotion délicate. Chose suffisamment rare pour être soulignée, le film me semble supérieur au roman. Le roman est bon, le film est excellent. Le roman est un brin longuet sur les aspects pâtissiers, mais complet et intéressant le topo sur la maladie de Hansen (la lèpre), le calvaire physique et psychique enduré, le confinement strict dans un quartier réservé, et l'exclusion de la société aussi après guérison. Dans le film, tout est suggéré.
Un roman qui met un point sur le i du mot confinement, et dans lequel puiser des forces toutes printanières.
la familia grande +1
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Anna Valenn, Le Blog |
Un soir sur deux, la terrasse de la Grande Maison est débarrassée. Les enceintes sont sorties sous les étoiles. Le tourne-disque est allumé. C'est l'heure de danser. Un grand rock tous ensemble. En cercle, à genoux, we will rock you. On tape sur le sol, on crie comme des fous. "Hotel California", "Africa", "Couleur menthe à l'eau." Plus tard, Balavoine, "Mon fils, ma bataille". Et pour Luc, "Sympathy". Luc qui m'apprend le rock. Luc, le copain qui, selon mon beau-père, est amoureux de ma mère. Luc, le copain que mon beau-père nous fait appeler "Buc", pour dire "Luc bande". Luc, l'un des copains que j'aime tant mais que mon beau-père adore ridiculiser.
Victor m'a demandé de venir le voir dans sa chambre. C'était après la première fois. Quelques semaines après, je crois. Il m'a dit : "Il m'a emmené en week-end. Tu te souviens ? Là, dans la chambre, il est venu dans mon lit et il m'a dit : "Je vais te montrer. Tu vas voir, tout le monde fait ça." Il m'a caressé et puis tu sais..."
Je connais mon frère, il est apeuré. Plus qu'emmerdé de me parler, il guette mon regard, essaye de savoir : "C'est mal, tu crois ?" Ben non, je ne crois pas. Puisque c'est lui, c'est forcément rien. Il nous apprend, c'est tout. On n'est pas des coincés !
Mon frère m'explique : "Il dit que maman est trop fatiguée, qu'on lui dira après. Ses parents se sont tués. Faut pas en rajouter." Là, je suis d'accord.
Il me dit aussi :"Respecte de secret. Je lui ai promis, alors tu promets. Si tu parles, je meurs. J'ai trop honte. Aide-moi à lui dire non, s'il te plaît."
Et parfois : "Je ne sais pas s'il faut se fâcher. Il est gentil avec moi, tu sais."
Mon cerveau se ferme. Je ne comprends rien. C'est vrai qu'il est gentil, mon beau-père adoré.
Je les ai souvent vus faire. Je connais bien leur jeu. A Sanary, certains des parents et enfants s'embrassent sur la bouche. Mon beau-père chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus âgées.
Je me souviens du clin d'oeil que mon beau-père m'a adressé lorsque, petite, j'ai découvert que sous la table il caressait la jambe de la femme de son copain, le communicant avec lequel nous étions en train de dîner. Je me souviens du sourire de cette femme aussi. Je me souviens des explications de ma mère à qui je l'ai raconté : "Il n'y a rien de mal à ça, mon Camillou. Je suis au courant. La baise c'est notre liberté."
"le pauvre, tu es sûre ? il t'adore !" (le consentement) +1
G. n'était pas un homme comme les autres. Il avait fait profession de n'avoir de relations sexuelles qu'avec des filles vierges ou des garçons à peines pubères pour en retracer le récit dans ses livres. Comme il était en train de le faire en s'emparant de ma jeunesse à des fins sexuelles et littéraires. Chaque jour, grâce à moi, il assouvissait une passion réprouvée par la loi, et cette victoire, il la brandirait bientôt triomphalement dans un nouveau roman.
le coeur battant de nos mères / the mothers +1
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Anna Valenn aime les +1ers romans |
"Tu en veux un ?" proposa Aubrey.
Nadia hésita, avant de prendre le brownie dont elle arracha un coin. Elle mâcha lentement, presque déçue de constater que c'était délicieux.
"Ouah. C'est ta mère qui a fait ça ?"
Aubrey ferma son sac.
"Je ne vis pas avec ma mère, dit-elle.
- Ton père, alors ?
- Non. Je vis avec ma soeur, Mo. Et Kasey.
- Qui est Kasey ?
- La petite amie de Mo. Elle cuisine très bien.
- Ta soeur est homo ?
- Et alors ? rétorqua Aubrey. C'est pas un drame."
The Mothers, Brit Bennett / Le Coeur battant de nos mères, traduit de l'américain par Jean Esch aux éditions Autrement - On suit les parcours de la belle et brillante Nadia dont la mère s'est suicidée, de la douce Aubrey dont la mère se soumet à des hommes violents, et du beau Luke, fils de femme de pasteur. Dans une communauté noire, religieuse et pro-life, le prix de l'émancipation, et le coût des renoncements.
Nadia finally understood, why Aubrey had left and why her mother had let her, why her sister had helped create a bedroom out of a Disney movie, why Mrs. Shepard cherished her. In a way, Nadia almost felt lucky. At least her mother had been sick - at least she'd only tried to hurt herself. At least her mother would've never let a man hit her child. Her mother was dead, but what could be worse than knowing that your mother was alive somewhere but she wanted a man who hit her more than she wanted you ?
le grand marin +1
Anna Valenn aime les +1ers romans |
- Oui.
- Je ne peux pas te demander de rester. Pour ce que j'ai à t'offrir.
- Je demande rien. Sa vie faut la gagner tout seul.
- Les femmes aiment bien avoir leur confort, une maison.
- En tout cas, moi, j'aimerais ça.
- Et pêcher ?
- Pêcher c'est tout ce qui me sauve la vie. La seule chose qui soit assez puissante pour me sortir de tout ça - il fait un geste vague de la main -, mais me construire ma baraque, oh oui, j'aimerais. On aurait un enfant et il s'appellerait Jude.
- Avec moi t'es pas tombé sur une femme comme on les rêve.
- Ça faisait longtemps que j'pensais plus en rencontrer aucune.
- J'suis une runaway, une bête coureuse de routes, je pourrai pas changer. Je finirai dans un shelter.
- Marions-nous.
- Je veux retourner pêcher.
Il me serre contre lui :
- On se marie et on va pêcher ensemble.
- Je veux plus être sur terre. Je crois que j'aime mieux me noyer.
Il s'est redressé pour attraper la bouteille, il ne m'a pas lâchée, sa poitrine écrase mon visage un instant.
- Tu veux un coup de vodka ?
- Non... oui. On boit trop ensemble.
Il prend une rasade et me donne la becquée. Je tousse. Je ris. Ses yeux brillent dans l'ombre. Je vois l'éclat de ses dents dessous sa lèvre retroussée lorsqu'il rit à son tour.
- Dormons maintenant.
- C'est ça, dormons.
- Dors encore, je dis, faut que j'y aille.
alors tu es toujours flic ? (les talons hauts rapprochent les filles du ciel) +1
Anna Valenn aime les +1ers romans |
Un dernier regard au Masque de l'année - qui lisait une littérature aussi facile, franchement ? - et je sortis de la pièce pour reprendre mes recherches.
Presque sans réfléchir, je m'allumai une cigarette. Je ne fumais pas au réveil, d'habitude, mais l'appel m'avait plus secoué que j'imaginais. Comment les retrouvailles allaient-elles se passer ? Sourire convenu, baiser sur la joue, comment vas-tu, quel plaisir de te revoir, alors tu es toujours flic ? Contact enflammé, rappel du passé, yeux dans les yeux, dernier tango à Paris ? Froideur polaire, regard de glace, poignée de main, rancune tenace ?
sauve qui peut la vie (avec toutes mes sympathies) +1
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Anna Valenn, Le Blog |
du talent, un travail passionnant, des amis, une vie à l'abri des soucis matériels, Alexandre, le frère d'Olivia de Lamberterie s'est suicidé à l'âge de quarante-six ans. Quatre cousins germains du père d'Olivia (son récit nous la rend proche, une copine) se sont suicidés. "Ça" se transmet ? Olivia est la maman de trois garçons.
Si, pour toi, c'est mieux, j'accepte de vivre décapitée.
unzip me (les suprêmes / the supremes at earl's all-you-can-eat) +1
Anna Valenn aime les +1ers romans
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Philippe Aronson publié chez Actes Sud, et en Babel - Premier roman d'Edward Kelsey Moore qui a le grand talent de traiter de sujets douloureux - ici : le cancer, l'infidélité chronique, le racisme violent, l'enfance battue - de manière chaleureuse et porteuse d'espérance. Une lecture distrayante de qualité.
il te reste de la pâte de piment ? (hiver à sokcho) +1
Ma mère, trop fardée comme toujours, m'a tendu un sac de bébés poulpes :
- Je l'utilise !
the medium-point sharpie (cassandra / the hard bounce) +1
Anna Valenn aime les +1ers romans / VO |
Lu en français, des pioches par ci, par là, dans la VO, il me semble que le texte d'origine est affadi en français. Déjà le titre, "Cassandra", pourtant excellente option de traduction, est réducteur, là où "The Hard Bounce" annonce le programme, est synthétique et formidable. Un sacré casse-tête la traduction d'un titre...
Et c'est toi qui vas m'empêcher d'entrer, peut-être ?
"Who's gonna stop me, you?"
"Yup." There it was. The frog was dropped. Let's see if it jumped. I balled my fist around the medium-point Sharpie in my pocket. Bouncer's best friend. Won't kill anybody, but hurts like a bitch when jammed between a couple of ribs.
"tout, toujours, reste en nous, c'est nous qui l'oublions." (yeruldelgger) +1
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je me recouvre de mots. tout ira bien. tout ira bien (les bijoux bleus / blauschmuck) +1
Je me souhaite une bonne matinée. Je me fais des compliments pour mon baklava, tu l'as bien réussi, Filiz ! Je suis contente de mes vêtements, tu es une couturière adroite, je prépare le petit-déjeuner, redresse la petite cuiller sur la soucoupe de Yunus et chuchote, merci Filiz ! Pendant la traite je bavarde avec moi-même de la jambe cassée de Seda, guérie depuis longtemps, des pierres précieuses de Leyla et de son ballon disparu, je me fais des déclarations d'amour en lavant le sol, je t'aime Filiz ! Et en allant chercher de l'eau, tu es mon étoile !
Et parfois je dis : J'ai peur.
L'enfant dans mon ventre m'est étranger une menace. Il ne fait rien d'autre que me donner des coups de pied et se nourrit de moi. Il est muet à l'intérieur comme son père l'est à l'extérieur.
Je me recouvre de mots. Tout ira bien. Tout ira bien.
Même si je ne me crois pas.
Tout ira bien.
Un magnifique roman qui se dévore malgré la dureté, rendue soutenable par l'écriture imagée, aérée, de Katharina Winkler. Aussi par l'espoir d'une issue. Et issue il y aura. Ouf !
Je ne connais aucune femme qui apprenne aussi vite, dit le moniteur en faisant mon éloge auprès de Yunus.






