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le chant des sirènes / the mermaids singing

Nothing's Gonna Hurt You Baby, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, Le Blog
‘But profiling isn’t just about nailing the next Hannibal the Cannibal. It can be used in a wide variety of crimes. We’ve already had notable success in airport anti-hijacking measures, in catching drug couriers, poison-pen writers, blackmailers, serial rapists and arsonists. And just as importantly, profiling has been used very effectively to advise police officers on interview techniques for dealing with suspects in major crime enquiries. It’s not that your officers lack interviewing skills; it’s just that our clinical background means we have developed different approaches that can often be more productive than familiar techniques.’





The Mermaids Singing by Val McDermid / Le chant des sirènes  (Tony Hill & Carol Jordan Book 1) trad Annie Hamel, révision de trad Agnès Colomb, en format poche aux éditions J'ai Lu  - Polar/thriller hard-core dans le milieu gay. Première apparition du psy profileur Tony Hill, 34 ans, aux prises avec ses propres problèmes d'ordre sexuel, appelé à collaborer avec la belle et blonde enquêtrice Carol Jordan larguée par son dernier mec, et en mal d'affection. Tous les extraits du journal du criminel décrivant les tortures infligées, toutes tortures ayant été pratiquées dans l'Histoire, j'ai lu en diagonale, pas trop mon truc, même à titre de curiosité, je m'en passe. Sinon, c'est bien ficelé, intelligent.

lettres à nour

Zoom Zoom, Polo & Pan

Anna Valenn, Le Blog
[Postface - extrait] En arabe, «Nour» désigne la lumière lunaire, celle qui, blanche au milieu de la nuit, permet de circuler dans l'obscurité et de trouver son chemin. Quand j'ai choisi ce prénom pour la jeune fille qui est au coeur de ce roman épistolaire, je n'imaginais pas alors à quel point il serait à la hauteur de sa signification. Car Lettre à Nour, au gré des lieux où il a voyagé, a beaucoup ému, questionné, bousculé, mis en colère parfois, des jeunes, des moins jeunes, des responsables politiques, des détenus, des étudiants, des artistes, des parents... Mais surtout, il a ouvert un espace de dialogue insoupçonné : un lieu pour parler, confier ses craintes et ses inquiétudes, proposer des solutions et des actions, se confronter et s'écouter. Et surtout, se retrouver. 


Lettres à Nour, Rachid Benzine aux Éditions du Seuil et en format poche Points - Roman épistolaire, échanges de lettres entre un père universitaire et Nour, sa fille unique de vingt ans partie (dont ne sait où) à Falloujah épouser le djihad. Un court texte courageux, argumenté, et honnête.

Ce texte a été lu sur scène par Eric Cantona.


[Avant-propos - extrait] Depuis des mois, je suis pris d'assaut par une question : «Pourquoi de jeunes hommes et de jeunes femmes, nés dans mon pays, issus de ma culture, dont les appartenances semblent recouvrir les miennes, décident-ils de partir dans un pays en guerre, et pour certains de tuer au nom d'un dieu qui est aussi le mien ?»


‘mr stevens, i thought these would brighten your parlour a little.’ (the remains of the day)

Je dois m'en aller, Niagara

Anna Valenn, et c'est du cinéma
But what is the sense in forever speculating what might have happened had such and such a moment turned out differently? One could presumably drive oneself to distraction in this way. In any case, while it is all very well to talk of ‘turning points’, one can surely only recognize such moments in retrospect. Naturally, when one looks back to such instances today, they may indeed take the appearance of being crucial, precious moments in one’s life; but of course, at the time, this was not the impression one had. Rather, it was as though one had available a never-ending number of days, months, years in which to sort out the vagaries of one’s relationship with Miss Kenton; an infinite number of further opportunities in which to remedy the effect of this or that misunderstanding. There was surely nothing to indicate at the time that such evidently small incidents would render whole dreams forever irredeemable.


The Remains of the Day / Les Vestiges du jour, Kazuo Ishiguro ; traduit de l'anglais par Sophie Mayoux aux Presses de la Renaissance, et en folio. Kazuo Ishiguro est prix Nobel de littérature. - Mr Stevens est majordome, trente-cinq ans au dévoué service de Lord Darlington auquel il faisait une confiance aveugle. Lord Darlington tombe en disgrâce après guerre, et à sa mort, Darlington Hall est racheté par un américain, majordome inclus. Mr Stevens reçoit une lettre de Miss Kenton, son ancienne collègue, lui annonçant qu'elle quitte son mari. Il entreprend un petit périple automobile pour la revoir. Ce voyage est l'occasion d'une introspection de Mr Stevens sur sa carrière, et sa vie, son histoire d'amour manquée. Bouleversant. (Et matière à réflexion sur la notion de dignité.)
Et l'adaptation cinématographique par James Ivory avec Anthony Hopkins et Emma Thomson, et dans un petit rôle, charming Hugues Grant, et aussi Lena Headey (la Cersei de GoT) est superbe.


Ten minutes or so later came the sound of another car and I opened the door to Herr Ribbentrop, the German Ambassador, by now no stranger to Darlington Hall. His lordship emerged to meet him and the two gentlemen appeared to exchange complicit glances before disappearing together into the drawing room. When a few minutes later I was called in to provide refreshments, the four gentlemen were discussing the relative merits of different sorts of sausage, and the atmosphere seemed on the surface at least quite convivial. Thereafter I took up my position out in the hall – the position near the entrance arch that I customarily took up during important meetings – and was not obliged to move from it again until some two hours later, when the back door bell was rung. On descending, I discovered a police constable standing there with Miss Kenton, requesting that I verify the latters identity. ‘Just security, miss, no offence meant,’ the officer muttered as he wandered off again into the night.

d'où ça sort, ces phrases-là ? (l'évangile selon yong sheng)

Fous ta cagoule, Fatal Bazooka

Anna Valenn, Le Blog
«Bon ! Maintenant, tu vas réciter un passage du Petit Livre rouge, pour demander au président Mao de te pardonner.
- Quel passage ? Laissez-moi réfléchir.
- Dépêche-toi !
- Voilà. Si j'a commis des erreurs, je demande à tous les camarades de me corriger.»

La charité est patiente, elle est pleine de bonté.

Au pied de la tribune, un groupe d'enfants répéta sa phrase.

La charité n'est point envieuse.

D'autres enfants se joignirent au premier groupe, pour reprendre ses paroles. On eût dit un choeur de petits catéchumènes, dont les voix cristallines s'élevaient dans ce lieu, qui avait jadis été une église. Helai et le Manchot, qui volaient dans les airs au-dessus d'eux, en furent si séduits qu'ils regagnèrent le sol.

La charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt.

Peu à peu, les gens cessèrent de se quereller, pour mêler leurs voix à celles des enfants, et répéter mécaniquement le sermon de Yong Sheng, à la manière d'automates.

Elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité.

Bientôt contaminé par la ferveur de la foule, le chef de la sécurité commença à remuer les lèvres. Lorsque, à son tour il répéta les mots prononcés par Yong Sheng, le son qui sortit de sa bouche ressembla plus à un aboiement qu'à une voix humaine.

Elle excuse tout, elle croit tout, elle supporte tout.

Cette phrase, que Yong Sheng fit traîner comme une longue plainte, lui rappela ses bénédictions d'antant.

La charité ne périt jamais.

Les révolutionnaires, exaltés, reprirent cette dernière expression, et leurs voix retentirent comme un coup de tonnerre sous la voûte de l'atelier.

Enfin, avec une infinie douceur, il leur livra la source de cette homélie.

«I Corinthiens. Chapitre 13, versets 4 à 8.»

Là, ils hésitèrent un instant, puis le répétèrent mot à mot ce qui'l venait de dire.

«Il n'y a pas ce passage-là dans le Petit Livre rouge», cria quelqu'un dans l'assistance. Le chef de la sécurité se tourna vers Yong Sheng.

«À quoi tu joues ? lui demanda-t-il.

- J'ai eu un moment d'égarement. Je me suis trompé de récitation.

- D'où ça sort, ces phrases-là ?

- De la Bible. Le Nouveau Testament.»
Sans le laisser finir sa phrase, l'autre lui balança un grand coup de pied, qui le fit tomber de la tribune. De nouveau, la plaque de ciment dégringola, comme un homme ivre, les trois marches de soubassement du fourneau.


L'Évangile selon Yong Sheng, Dai Sijie  chez Gallimard. Dai Sijie écrit en français, et vit en Chine. Roman dédié à la mémoire du pasteur Dai Meitai (1895 - 1973) grand-père de l'auteur. - Né au début du vingtième siècle dans la province chinoise du Fujian, Yong Sheng est fils de charpentier, grand maître artisan de sifflets pour colombophiles. Yong Sheng sera placé tout gamin à l'école tenue
par un pasteur étranger, il demandera le baptême, sera forcé au mariage par superstition, s'en accommodera, choisira de devenir pasteur, ouvrira un orphelinat. Et puis c'est 1949, l'avènement de la République populaire, l'absurde et le calvaire culminent lors de la Révolution culturelle. Les trahisons.

Un sacré talent de conteur, c'est personnel, inspiré de l'histoire de son grand-père pasteur. C'est exotique, descriptions qui emportent et font voyager, c'est historique,  instructif, intelligent, et palpitant.


«Comment s'appelle votre petit-fils ? avait demandé le pasteur.
- On l'appelle petit Yong, il n'a pas de prénom, il est encore trop petit. Si on lui en donnait un, les démons pourraient nous le prendre.

- S'il vient étudier dans mon école, il doit avoir un nom.»
La grand-mère réfléchit, et finit par accepter :
«D'accord. Vous pourriez lui en choisir un, puisque vous êtes pasteur.
- Il s'appellera Yong Sheng. Sheng, c'est le son. Ce sera un hommage aux sifflets de son père.» 

traverser le pont (jacob, jacob)

Ya Rayeh, Rachid Taha
Anna Valenn, Le Blog
Elle dans le creux de son épaule, tous deux immobiles, ils goûtent au silence à deux, aux corps arrimés, tu viens d'où, demande Louise, il répond Constantine. C'est où ? En Algérie. C'est loin alors. Pas tant que ça, on a mis un jour et une nuit en bateau, moi aussi avant je pensais que la France c'était loin. C'est comment, là-bas ? Il dit, la ville est construite sur un rocher, entouré par un fleuve extraordinaire. À un endroit, il y a des sources chaudes, elles jaillissent dans des piscines de pierre, tu es comme un roi dans son bain. Au-dessus, des ponts enjambent le fleuve, il y en a six. Le plus haut, c'est le pont Sidi M'cid. Parfois il y a des nuages en dessous. Tu es dans le vide mais tu ne tombes pas. Tu as peur mais rien ne t'arrive. Tu vas d'un point à l'autre, tu traverses le ciel, penses qu'il peut s'écrouler, qu'il va s'écrouler, surtout quand une voiture ou un camion passe, il tremble, tu trembles avec lui. Louise l'interrompt, j'aimerais voir un pont comme ça un jour, tu as tué beaucoup d'Allemands ? Je ne sais pas, je crois, dit Jacob, qui voudrait esquiver les questions de la même manière qu'elle. Il se demande, qu'est-ce qu'on va faire maintenant, s'embrasser, et puis ensuite ?



Nous aussi on nous a chassés du lycée,
 ils ne veulent plus de juifs,
 ni comme professeurs ni comme élèves,
 alors on a décidé de continuer à donner
 des cours aux enfants, ça se passera 
chez moi, tu viendras tous les matins
 à neuf heures, avait-il précisé en fixant
 Jacob, et on leur prouvera que les juifs
 tiennent par-dessus tout à l'instruction.
Jacob, Jacob Valérie Zenatti publié aux Editions de l'Olivier, aussi en format poche Points. Prix du livre Inter -  Écriture stylée et du souffle, Valérie Zenatti nous fait vivre au sein d'une famille juive de Constantine, des gens simples. Fin de la seconde guerre mondiale, le fils, Jacob, dix-neuf ans, est enrôlé dans l'armée française parmi les tirailleurs algériens pour débarquer en Provence. Les années passent, guerre d'Algérie, Gabriel, le neveu rebelle, combattra côté français. 1961, Cheikh Raymond, musicien juif adulé de tous, juifs et Arabes, est assassiné, et les juifs d'Algérie comprennent qu'ils doivent quitter cette terre.

alors je me suis dit : "Jablonski, maintenant il faut que tu voies à quoi ressemble la liberté." (les aventures de ruben jablonski / die abentaüer des ruben jablonski)

Mr Tambourine Man, Bob Dylan


Anna Valenn, Le Blog


- Nous arrivons bientôt en Anatolie orientale, dis-je. Autrefois, c'était un territoire arménien. Il s'appelait d'ailleurs Arménie, mais le nom n'existe plus. On le trouve sur aucune carte.

- Pourquoi le nom a-t-il été supprimé ?


- Parce qu'il n'y a plus un seul Arménien dans cette région.


- Où sont-ils ?


- Les Turcs les ont tous tués.


- Ce n'est pas possible !


- Si, pendant la dernière guerre. Les Arméniens avaient leur propre État en Anatolie orientale. Au cours de l'histoire, leur pays a souvent été ruiné, par les Arabes, par les Seldjoukides, et bien d'autres. Les Arméniens l'ont toujours relevé, jusqu'à l'arrivée des Turcs qui les ont complètement assujettis.


- Et pourquoi ont-ils été exterminés ?


- On ne sait pas exactement. Les Arméniens étaient un corps étranger dans l'Empire ottoman, et les Ottomans, plus tard les Turcs, craignaient que les Arméniens ne rétablissent leur État. Ils ne supportaient pas l'existence d'un État arménien au coeur de la Turquie. Alors les Arméniens devaient disparaître. Bien sûr, ce n'était pas la seule raison. Les Arméniens n'étaient pas musulmans, mais chrétiens, en réalité des chrétiens primitifs, car l'État arménien avait été le premier à adopter le christianisme, avant Rome. Ils représentaient donc une religion étrangère. Comme ils étaient aussi doués pour le commerce, les Turcs les haïssaient en tant que marchands et capitalistes. En fait, ils étaient les Juifs de la Turquie. Ils vivaient mieux que les Turcs, leurs villages étaient plus propres, leurs maisons plus soignées, leurs femmes mieux habillées. Bref, ils étaient haïs. Il y a eu de nombreux massacres d'Arméniens au dix-neuvième siècle sous le sultan Abdul Hamid. Il avait des régiments de Kurdes, appelés régiments de Hamid, quinze mille hommes spécialement entraînés qu'il lançait contre les Arméniens. Ils brûlaient leurs villages, violaient les femmes et égorgeaient les hommes. Mais ce n'était rien comparé à ce qui allait venir.


alors je me suis dit : "Jablonski,
maintenant il faut que tu voies
 à quoi ressemble la liberté."

Les Aventures de Ruben Jablonski, Edgar Hilsenrath aux éditions Le Tripode, traduit de l'allemand, Die Abentaüer des Ruben Jablonski, par Chantal Philippe  - De l'Allemagne nazie au ghetto en Roumanie, puis la Palestine, et enfin la France, avant le grand départ aux Etats-Unis, le périple du jeune Ruben armé d'une sacrée volonté de vivre, et déterminé à être écrivain. Rappels habiles, par ci par là, de quelques vérités historiques méconnues (à valider).
Une écriture dynamique, un formidable humour ironique, des positions politiquement incorrectes, bref, une liberté admirable.

c'est pourquoi je vous écris (couleurs de l'incendie)

Immortels, Bashung

Anna Valenn : notre Histoire, le Feuilleton

Chère Solange, 

Votre décision d'aller chanter à Berlin me fait beaucoup de souci. Je lis dans les journaux qu'il y a là-bas plein de gens malheureux, beaucoup de musiciens ! Je ne m'y connais pas beaucoup, c'est vrai, mais on a brûlé des livres, on a saccagé des magasins juifs, j'ai vu des photos. Ce qui me fait de la peine, ce n'est pas que vous chantiez à Berlin, c'est de vous voir aussi enthousiaste pour les gens qui font ça. Je ne sais pas comment vous le dire. J'ai tourné les mots dans ma tête pendant longtemps avant de prendre la plume. Je vous dois beaucoup. Quand j'ai entendu votre voix pour la première fois, c'est comme si je renaissais. Si je suis encore vivant, c'est grâce à vous. Mais ce que vous faites là ne peut pas aller avec ma vie. C'est pourquoi je vous écris. Pour vous remercier du fond du coeur. Mais vous dire aussi que je ne répondrai plus à vos lettres parce que la personne qui aime ces gens-là, sans s'occuper du reste, n'est plus celle que j'ai tant aimée. 


Paul



Couleurs de l'incendie, Pierre Lemaitre  chez Albin Michel ; en Livre de Poche.  - Après Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, Couleurs de l'incendie est le second volet d'un feuilleton consacré à l'entre-deux-guerres. 

Au revoir là-haut, c'était fin 1918 - 1920. Couleurs de l'incendie démarre 7 ans plus tard. Engagé et généreux, un brin anar, bien documenté, parfaitement construit, de ces rebondissements, écriture visuelle, tous les personnages ont une sacrée présence. On s'émeut on s'indigne on tremble on s'amuse on jubile, on referme la 535ème page en espérant le troisième volet annoncé.



Ce fut alors plus fort que lui :

- Votre rancune à son égard tiendrait-elle... à ces penchants ?

Elle fit mine de n'avoir rien entendu, mais comprit aussitôt que ce silence serait mal interprété. Quoi, M. Dupré allait-il croire qu'elle était une femme simplement vexée d'avoir eu pour amant un homme qui préférait les hommes ? Raison basse, Madeleine avait des préjugés, mais pas ceux là.

M. Dupré, dans ces situations, fixait sa cuillère.

au revoir là-haut

Immortels, Bashung

Anna Valenn, et c'est du cinéma

M. Péricourt s'était toujours interdit la moindre vision précise concernant ce qu'il appelait les "goûts affectifs" de son fils. Même en son for intérieur, il ne réfléchissait jamais en termes de "préférence sexuelle" ou quoi que ce soit de cette sorte, trop précise pour lui, choquante. Mais comme pour ces pensées qui vous semblent surprenantes, dont vous comprenez pourtant qu'elles vous ont, en fait, travaillé souterrainement un long moment avant d'émerger, ils se demanda si ce jeune homme avec strabisme et fossette était un "ami" d'Edouard. Mentalement, il spécifia : un amour d'Edouard. Et la chose ne lui apparut plus aussi scandaleuse qu'auparavant, seulement troublante ; il ne voulait pas imaginer... Il ne fallait pas que cela soit trop réaliste... Son fils n'était pas "comme les autres", voilà tout. Des hommes comme les autres, il en voyait beaucoup autour de lui, des employés, des collaborateurs, des clients, les fils, les frères des uns ou des autres, et il ne les enviait plus comme autrefois. Il ne parvenait même pas à se souvenir des avantages qu'il leur trouvait à l'époque, quelle supériorité, à ses yeux, ils avaient alors sur Edouard. Il se détestait rétrospectivement pour sa bêtise.




Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre aux éditions Albin Michel, en Livre de Poche. Prix Goncourt 2013 - Un grand roman anar, et très bien construit, à la polar, sur la toute fin de la guerre de 14-18 et l'après. Une écriture cinématographique, les personnages créés sont intenses, vibrants, du sentiment, des rebondissements, de la fantaisie, c'est trop bon, les 573 (624 en poche) pages se dévorent. 
Adapté au cinéma par Albert Dupontel. En BD aussi avec Christian de Metter.


en art, on voit souvent
 les mêmes sujets...

, Madeleine, un jour, trancha clairement sur son physique médiocre. Elle avait  seize ans, dix-sept. Son père l'embrassait sur le front, la voyait mais ne la regardait pas. Il n'y avait pas de femme dans cette maison pour lui dire, à elle, ce qu'il fallait faire, comment s'arranger, elle devait deviner, observer les autres, les copier, toujours en un peu moins bien. Déjà qu'elle n'avait pas beaucoup de goût pour ces choses. Elle voyait que sa jeunesse, ce qui aurait pu être sa beauté, du moins son caractère, fondait, s'effilochait, parce que personne ne s'en occupait. Elle avait de l'argent, ça, on n'en manquait pas chez les Péricourt, ça tenait même lieu de tout, alors elle paya des maquilleuses, des manucures, des esthéticiennes, des couturières, plus qu'il n'en eût fallu. Madeleine n'était pas un laideron, elle était une jeune fille sans amour. L'homme dont elle attendait un regard de désir, qui seul pouvait lui fournir un peu d'assurance nécessaire pour devenir une jeune femme heureuse, était un homme occupé, occupé comme on le dit d'un territoire, occupé par l'ennemi, les affaires, les adversaires à combattre, les cours de la Bourse, les influences politiques, accessoirement ce fils à ignorer (tâche qui lui prenait beaucoup de temps), toutes ces choses qui lui faisaient dire "Ah Madeleine, tu étais là, je ne t'avais pas vue, file au salon, ma chérie, j'ai du travail !", alors qu'elle avait changé de coiffure ou qu'elle portait une nouvelle robe.

"l'intégrité !!! ce mot te dit quelque chose ? (PERSEPOLIS)

Veridis Quo, Daft Punk

Anna Valenn, Le Blog

UN JOUR PAR EXEMPLE, JE DEVAIS ALLER VOIR MON DENTISTE, MAIS LES COURS FINIRENT PLUS TARD QUE PRÉVU.


SOUDAIN J'ENTENDS UNE VOIX DANS UN HAUT-PARLEUR : 


LA DAME EN MANTEAU BLEU ! NE COUREZ PAS !!


LA DAME EN MANTEAU BLEU !!! CESSEZ DE COURIR !


??


HÉ LA DAME EN MANTEAU BLEU ! ARRÊTE DE COURIR ! 


??? MOI ?


MADAME, POURQUOI VOUS COURIEZ ? 


JE SUIS TRÈS EN RETARD ! JE COURAIS POUR AVOIR MON BUS.


OUI... MAIS... QUAND VOUS COUREZ, VOTRE DERRIÈRE FAIT DES MOUVEMENTS... COMMENT DIRE... IMPUDIQUES !


EH BIEN VOUS N'AVEZ QU'À PAS REGARDER MON CUL !

J'ai crié si fort qu'ils ne m'arrêtèrent même pas.




PERSEPOLIS, Marjane Satrapi publiée par L'Association - Marjane raconte sa jeunesse, de 10 à 22 ans, en Iran, sous le régime des barbus, et une période ado livrée à elle-même en Autriche où, fille unique et chérie, ses parents l'avait envoyée, pour la mettre à l'abri.

AU REVOIR LÀ-HAUT

Immortels, Bashung

Anna Valenn est très BD : notre Histoire, et c'est du cinéma !


JE T'AI DIT QUE C'EST NON !

ÇA NE ME FAIT PAS MARRER, MOI ! CE QU'IL VEUT FAIRE C'EST UN SACRILÈGE !

IL DEMANDE SI ÇA, C'EST PAS LE PREMIER SACRILÈGE ?

SI ON SE FAIT PRENDRE, C'EST LA GUILLOTINE. ALORS, JE SAIS QUE TU ES FÂCHÉ AVEC TA TÊTE, MAIS MOI, LA MIENNE, ELLE ME VA ENCORE ASSEZ BIEN ! 

AHH

AHHHH

POK



scénario Pierre Lemaitre & dessin Christian De Metter, publié aux éditions Rue de Sèvres, adaptation du roman Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre aux éditions Albin Michel, en Livre de Poche. Prix Goncourt 2013 Un grand roman anar, et très bien construit, à la polar, sur la toute fin de la guerre de 14-18 et l'après. Une écriture cinématographique, les personnages créés sont intenses, vibrants, du sentiment, des rebondissements, de la fantaisie, c'est trop bon, les 573 (624 en poche) pages se dévorent. Et quant à la BD, le texte sert et met en valeur l'illustration bien expressive. On peut commencer par le roman et enchaîner sur la BD. Ou l'inverse. Deux plaisirs différents, et qui se complètent.
Adapté au cinéma par Albert Dupontel.


Mars 1919 - Centre de démobilisation.



NON DÉSOLÉ CONNAIS PAS.

MERDE, LA SOUPE EST FROIDE.

PAS DE TRAIN, CAFE TIÈDE ET SOUPE FROIDE... C'EST COMME ÇA QU'ON REMERCIE LES HÉROS...

MAIS MERDE ! POUR AUXERRE, Y A TOUJOURS PAS DE TRAIN ?

ON S'EN FOUT D'AUXERRE ! POUR MARSEILLE ON EST 500 !

TU SAIS OÙ C'EST POUR LES CHAUSSURES ?

Y A LONGTEMPS QU'Y EN A PLUS, MON PAUVRE VIEUX.

TU RESSEMBLES PAS À TA PHOTO.

BAH, UNE GUERRE ÇA VOUS CHANGE UN HOMME.

C'EST POSSIBLE, MAIS MOI JE DOIS EN ETRE SÛR.

AH SOLDAT MAILLARD, JE VOUS CHERCHAIS.

SUIVEZ-MOI.

L'ARABE DU FUTUR

Ya Rayah, Rachid Taha
Anna Valenn est très BD : notre Histoire

Quand nous sommes revenus à la maison, nos bagages étaient bien rangés devant la porte.

On dirait que le loquet est fermé !

BAM BAM 

Bonjour mon frère, c'est pourquoi ?

Bonjour mon frère, qu'est-ce que tu fous chez moi ?

Mais, mon frère, je suis chez moi ! La maison était vide... Le Guide a donné le droit à tous les citoyens d'habiter les maisons inoccupées, tu sais bien.

Je suis docteur à l'Université moi ! Je vais aller à la police !

C'est pas la peine, je suis policier...

Va pousse les portes, tu vas trouver une maison mon frère.

Au revoir jolie petite !



L'ARABE DU FUTUR (Tome 1 - Une jeunesse au Moyen-Orient 1978 - 1984), Riad Sattouf  publié aux Éditions Allary  - Né d'une mère blonde et bretonne et d'un père syrien docteur (mention "honorable") en histoire contemporaine, ils se sont rencontrés à la Sorbonne, le petit Riad est balloté de France en Libye sous Khadafi en Syrie époque Hafez Al-Assad. 

Récit autobiographique. Insolent (et sans édulcorant), c'est excellent.

la liberté ne dispense pas du tact (le royaume)

Et si en plus y'a personne, Alain Souchon

Anna Valenn, Le Blog
Je me doute que quand paraîtra ce livre on me demandera : "Mais alors, finalement, vous êtes chrétien ou non ?" Comme, il y a bientôt trente ans : "Mais alors, finalement, la moustache, il l'avait ou non ?" Je pourrais finasser, dire que si je me suis échiné à écrire ce livre c'est pour ne pas répondre à cette question. Pour la laisser ouverte, y renvoyer chacun. Ce serait bien mon genre. Mais je préfère répondre.

Non.

Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse - je ne sais pas quel verbe convient le mieux. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens.




Le Royaume, Emmanuel Carrère aux éditions P.O.L et en format Poche - Enquête fouillée sur les débuts du christianisme. Une montagne d'érudition cet écrivain-là, des interrogations, on réfléchit et on s'instruit tout du long des +600 pages. Un bel évangile selon Emmanuel !


Les idoles ne sont que des idoles, ce qui compte n'est pas ce qui entre dans la bouche, kasher ou pas kasher, mais seulement ce qui en sort, parole bonne ou mauvaise. La vérité, disait Paul aux Juifs comme aux Grecs, c'est que tout est permis. Tout est permis, mais ajoutait-il, tout n'est pas opportun. Mangez ce que vous voulez, mais si vous vous trouvez à table avec quelqu'un à qui ces choses importent, prenez garde à ne pas le choquer. Même si les interdits qu'il observe vous paraissent des enfantillages, observez-les aussi, par respect pour lui. La liberté ne dispense pas du tact. (Ce n'est pas le cas de toutes les positions de Paul, mais celle-ci me paraît remarquablement sensée.


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et quelque chose en eux
se met à vivre
[Epilogue] Près du village de l'Oise où habitait Jean Vanier, il y avait un hôpital psychiatrique - ce qu'on appelait encore un asile de fous. Un vrai asile de fous, pas fait pour accueillir les gens qui passagèrement pètent les plombs mais pour parquer les malades incurables. Ceux que les nazis, lecteurs de Nietzsche, trouvaient miséricordieux de mettre à mort et que nos sociétés plus douces se contentent de mettre à l'écart, dans des institutions fermées où on s'occupe d'eux a minima. Ceux qui bavent, ceux qui hurlent à la mort, ceux qui sont à jamais emmurés en eux-mêmes. Ceux-là, c'est sûr, on ne les invite nulle part, mais Jean Vanier les a invités. Il a obtenu qu'on lui confie deux de ces malades, pour qu'ils vivent avec lui comme on vit non dans une institution mais dans une famille. Avec Philippe et Raphaël, c'étaient leurs noms, dans sa petite maison de Trosly, en lisière de la forêt de Compiègne, il a fondé une famille : la première communauté de l'Arche. Cinquante ans plus tard, il y a de par le monde cent cinquante communauté de l'Arche, chacune regroupant cinq ou six personnes handicapées mentales et autant d'assistants qui prennent soin d'elles. Une personne par personne. On prépare les repas, on travaille de ses mains, c'est une vie très simple et c'est une vie ensemble. Ceux qui ne pourront jamais guérir ne guérissent pas mais on leur parle, on touche leur corps, on leur dit qu'ils comptent et cela même les plus blessés l'entendent, et quelque chose en eux se met à vivre. Ce quelque chose, Jean Vanier l'appelle Jésus, mais il n'oblige personne à faire comme lui. Quand il ne voyage pas de l'une à l'autre, lui-même vit toujours à Trosly, au sein de la communauté d'origine. Quelque fois, il y anime des retraites, comme celle à laquelle Bérengère m'a conseillé de m'inscrire. Cela consiste en messes quotidiennes, qui m'ennuient, en chants religieux, qui m'agacent, en silence qui me convient, et à l'écouter, lui, Jean Vanier. C'est un très vieil homme à présent, très grand, très attentif, très doux, visiblement très bon. Il n'est pas difficile de se figurer sous ses traits son saint patron, l'évangéliste Jean, était-ce Jean l'apôtre ou Jean l'ancien, était-il juif ou grec, je m'en suis beaucoup soucié en écrivant mon livre, maintenant que j'ai fini mon livre je m'en fous, quelle importance ? Je me rappelle seulement la phrase que dans son grand âge, à Éphèse, il répétait du matin au soir, comme le petit Patrick : "Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres."