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attachante, cette petite. complètement barrée, mais... attachante (LA DIFFÉRENCE INVISIBLE)


Anna Valenn, Le Blog
Zoom Zoom, Polo & Pan
Par exemple : vous me regardez dans les yeux ! 

Les autistes ne regardent pas dans les yeux.

Pourquoi avez-vous besoin que l'on vous enferme comme cela dans une case ?

Je vous trouve très anxieuse.

D'où vient cette anxiété selon vous ?

Peut-être de votre vie intra-utérine ?

Votre mère a-t-elle eu une grossesse anxiogène ?

Bon. La séance est terminée.

90 euros.

On a bien avancé.

À la semaine prochaine. (Marguerite ... Oh non. Beurk le psy me touche.)




LA DIFFÉRENCE INVISIBLE, Texte Julie Dachez & Illustré par Mademoiselle Caroline publié aux éditions Delcourt dans la collection Mirages - Un topo complet sur le syndrome d'Asperger, très bien construit, et joliment illustré. Récit d'un vécu, celui de la scénariste Julie Dachez - Marguerite ici. C'est touchant attachant documenté concis et clair. Efficace ! 



[C'est à vous que je souhaite dédier cette BD.

Vous les déviants.

Les "trop comme ceci" ou les "pas assez comme cela".

Vous qui, par votre simple existence, transgressez les normes établies.

Vous qui êtes un pied de nez au diktat de "la normalité".

LE SYNDROME D'ASPERGER EST UNE FORME 
D'AUTISME CARACTERISÉE PAR DES DIFFICULTÉS 
DANS L'INTERACTION ET LA COMMUNICATION ET 
DES INTÉRÊTS SPÉCIFIQUES. 
LE SYNDROME D'ASPERGER RESTE TRÈS 
MÉCONNU EN FRANCE, TANT DES 
PROFESSIONNELS DE SANTÉ 
QUE DU GRAND PUBLIC.
Il n'y a rien à guérir chez vous, rien à changer. Votre rôle n'est pas de rentrer dans un moule, mais plutôt d'aider les autres - tous les autres - à sortir de celui dans lequel ils sont enfermés. Vous n'êtes pas là pour suivre une voie pré-établie mais, à l'inverse, pour emprunter votre propre chemin, et inviter ceux qui vous entourent à sortir des sentiers battus.

En embrassant votre identité profonde, en vous réconciliant avec votre singularité, vous devenez un exemple à suivre. Vous avez donc le pouvoir de faire voler en éclats ce carcan normatif qui nous étouffe tous et nous empêche de vivre ensemble dans le respect et la tolérance.

Votre différence ne fait pas partie du problème, mais de la solution.

C'est un remède à notre société, malade de la normalité. - Julie Dachez.]

lettres à nour

Zoom Zoom, Polo & Pan

Anna Valenn, Le Blog
[Postface - extrait] En arabe, «Nour» désigne la lumière lunaire, celle qui, blanche au milieu de la nuit, permet de circuler dans l'obscurité et de trouver son chemin. Quand j'ai choisi ce prénom pour la jeune fille qui est au coeur de ce roman épistolaire, je n'imaginais pas alors à quel point il serait à la hauteur de sa signification. Car Lettre à Nour, au gré des lieux où il a voyagé, a beaucoup ému, questionné, bousculé, mis en colère parfois, des jeunes, des moins jeunes, des responsables politiques, des détenus, des étudiants, des artistes, des parents... Mais surtout, il a ouvert un espace de dialogue insoupçonné : un lieu pour parler, confier ses craintes et ses inquiétudes, proposer des solutions et des actions, se confronter et s'écouter. Et surtout, se retrouver. 


Lettres à Nour, Rachid Benzine aux Éditions du Seuil et en format poche Points - Roman épistolaire, échanges de lettres entre un père universitaire et Nour, sa fille unique de vingt ans partie (dont ne sait où) à Falloujah épouser le djihad. Un court texte courageux, argumenté, et honnête.

Ce texte a été lu sur scène par Eric Cantona.


[Avant-propos - extrait] Depuis des mois, je suis pris d'assaut par une question : «Pourquoi de jeunes hommes et de jeunes femmes, nés dans mon pays, issus de ma culture, dont les appartenances semblent recouvrir les miennes, décident-ils de partir dans un pays en guerre, et pour certains de tuer au nom d'un dieu qui est aussi le mien ?»


aux esprits émancipés (NOIR - entre peinture et histoire)

Zoom Zoom, Polo & Pan

Anna Valenn, Le Blog
Considérée comme le chef-d'oeuvre de Marie-Guillemine Benoist, cette toile est présentée au Salon de 1800 avant d'être achetée par Louis XVIII pour le palais du Louvre. Ce tableau est une prouesse car elle le réalise à une époque où la représentation du teint de peau des Noirs n'était pas encore maîtrisée. On voit bien ici que l'artiste est capable de reproduire avec précision le dégradé de la pigmentation, notamment visible sur la poitrine. 


Benoist prend un triple risque en peignant une femme, à demi-nue et noire à une période où sont attendus des sujets plus classiques. En effet, faire poser une femme au sein apparent peut être interprété comme une audacieuse revendication féministe avant l'heure, en phase avec les valeurs d'égalité prônées par la société révolutionnaire. Le choix d'un modèle de couleur doit être mis en perpective avec le contexte. Lorsque la femme peintre réalise cette oeuvre, la France connaît une brève période d'abolition de l'esclavage, depuis 1794, qui n'est entrée toutefois que partiellement en vigueur à cause du climat d'instabilité politique qui régnait. Ce tableau reflète donc une avancée des droits de la femme et des Noirs. Cependant, cette phase de liberté s'achève rapidement. L'esclavage est rétabli en 1802 et le Code Civil de 1804 revient à une conception rétrograde du statut de la femme.

Le modèle posant sur cette toile est un individu libre, car l'esclavage est interdit sur le territoire métropolitain depuis 1315 et dans l'ensemble des territoires sous domination française depuis six ans. Cependant, sa condition de femme et de domestique l'empêche de vivre une réelle émancipation. Son fichu drapé sur la tête est un symbole faisant référence à son statut de domestique antillaise et l'anneau à son oreille une preuve de sa

servilité passée. Cette femme serait la servante du beau-frère de l'artiste, certainement ramenée des Antilles. Elle se tient assise au milieu des trois couleurs de la Révolution comme sur le portrait de Jean-Baptiste Belley peint par Anne-Louis Girodet trois ans plus tôt. Cependant, ce dernier est présenté dans une posture en accord avec son rôle de député et seule sa couleur pouvait alors choquer. Ici, le modèle féminin est mis en scène comme pourrait l'être une femme blanche. Marie-Guillemine Benoist ne réduit pas son modèle à sa condition raciale. Au contraire, ce portrait de trois-quarts nous rappelle ceux des femmes de haut rang que réalisait son maître David. Toutefois, Benoist se permet de dévoiler le sein de ce modèle car il ne s'agit que d'une servante dont la féminité est légèrement atténuée par la mise en valeur de sa musculature : son épaule large, son triceps saillant et son avant-bras épais pourraient être ceux d'un homme. Deux siècles plus tard, la silhouette de cette femme noire, mise en avant par une posture élégante, correspond davantage aux canons de la beauté contemporaine et 


NOIR - Entre peinture et histoire, Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier aux éditions omniscience  - 
Merveilleuse expo engagée
Livre d'art et riche d'Histoire, de magnifiques reproductions. Matière à émanciper les esprits, et séduire les sens. 

Lecture parfaite pour préparer ou compléter la visite de deux expos parisiennes, l'une merveilleusement engagée, l'autre sensuelle. 



Edouard Debat-Ponsan (1847-1913) - Le massage ou Scène de hammam. 1883. Huile sur toile. 

Dans ce tableau emblématique de l'orientalisme, le corps 
Un orient fantasmé
musclé et tendu de la servante en plein travail s'oppose au corps bien en chair et laiteux d'une femme blanche alanguie. La différence de couleur de peau n'empêche pas le peintre de créer, par le prolongement des mouvements respectifs de ses deux modèles, une forte tension érotique. Le peintre s'inspire certainement de son intimité puisque le modèle central de sa toile est sa femme. Cette oeuvre s'inspire aussi d'un voyage que le peintre a effectué en Turquie entre 1882 et 1883... avec son épouse.


ben vous savez, moi, aujourd'hui, j'ai attaqué des enfants qui se moquaient de julia (CE N'EST PAS TOI QUE J'ATTENDAIS)


Anna Valenn, Le Blog
Zoom Zoom, Polo & Pan
Pourquoi ils se moquent de Julia ? 

Ce jour-là était sans doute l'occasion d'en parler un peu plus en détail.

Je ne sais pas, peut-être parce que Julia n'est pas tout à fait comme eux.

Tu sais Loulou, Julia est née avec une maladie qui s'appelle la trisomie. 

Elle est malade ?

Disons que ce n'est pas vraiment une maladie, c'est juste qu'elle a un petit quelque chose en plus.

C'est ce petit quelque chose qui fait qu'elle apprend plus doucement que les autres enfants.

C'est pour ça que vous avez tellement pleuré quand elle est née ?

Et nous qui pensions que Louise était trop petite à l'époque pour comprendre...

Bonsoir.

Bonsoir.

Mais dis-donc, tu es enrhumée, toi !

Mais non, c'est pas ça !

Elle a attrapé la trisomie !



Ce n'est pas toi que j'attendais, Fabien Toulmé ; publié aux éditions Delcourt - Fabien Toulmé raconte comment la trisomie 21 de sa fille Julia n'a pas été détectée pendant la grossesse, le chemin du rejet à l'amour, les difficultés rencontrées, les joies. C'est sincère et émouvant.


Je n'arrivais pas à ressentir quelque chose pour elle...

Pourquoi ?

Est-ce qu'un jour je l'aimerai comme ma fille ?

Est-ce que j'arriverai à la voir autrement que comme une trisomique ?

Est-ce que je serai un bon père pour elle ?

En tout cas, j'essaierai, Julia. Je ferai mon possible.


"parce que c'était bon" (le restaurant de l'amour retrouvé / shokudô katatsumuri) +1

Coeur croisé, Polo & Pan
Anna Valenn aime les +1ers romans
Il arrivait plein de choses positives, aussi. Avec l'approche du printemps, Kuma recevait chaque jour sur son téléphone portable plusieurs demandes d'information ou de réservation.

"Momo, la lycéenne qui, l'année précédente, avait économisé en faisant des petits boulots pour venir à L'Escargot déclarer sa flamme au garçon qu'elle aimait, est revenue avec lui "parce que c'était bon", l'agriculteur et la prof, le premier couple de jeunes mariés de L'Escargot venus me montrer les photos de leurs noces, la Favorite a amené son petit ami plus jeune qu'elle, et la petite Kozue est venue dîner avec sa mère et son lapin pendant que son père était en déplacement.

Au début, à l'époque de la rumeur fantaisiste selon laquelle "en mangeant à L'Escargot, on voyait ses vœux réalisés et ses amours  comblées", pour tout dire, pas mal de clients étaient venus par curiosité, mais depuis quelques temps, lorsqu'apèrs avoir goûté à ma cuisine ils disaient qu'ils reviendraient, c'étaient réellement les saveurs qui leur plaisaient, et ils venaient ici comme dans un restaurant normal. Un chef cuisinier ne pouvait espérer mieux, c'était un véritable honneur. 


Le Restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa titre original Shokudô Katatsumuri, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, aux éditions Philippe Picquier - Rinco, 25 ans, est cuisinière. Un soir, elle rentre, après une journée de travail, dans l'appartement qu'elle partage avec son petit ami indien, pour le trouver vide, vidé aussi de tous ses précieux ustensiles de cuisine - et l'amoureux indien évaporé. Elle en perd la voix. Et n'a d'autre choix que de s'en retourner chez sa mère qui tient le bar du village, village et mère quittés dix ans plus tôt pour la grande ville - Rinco n'a pas de père. 

Premier roman de Ito Ogawa, auteur de livres pour enfants, et de chansons, Le Restaurant de l'amour retrouvé est un joli conte familial qui donne faim.



J'ai remarqué que derrière les vitres, la nuit était déjà tombée.

À l'entrée du sentier qui menait au figuier, un oiseau au chant curieux lançait des trilles aigus, comme s'il m'encourageait. Ouvrant doucement la fenêtre, j'ai aperçu l'oiseau au plumage bleu de cobalt qui s'envolait gracieusement en direction de la lune. Un martin pêcheur, peut-être.

À côté d'un croissant de lune parfait, l'étoile de Vénus brillait, imposante. On aurait dit le drapeau turc. Cela m'a rappelé l'époque où je travaillais dans un restaurant turc.

Pendant combien de temps ai-je contemplé le ciel étoilé ?

Au bout d'un moment, un tintement de vaisselle a retenti et j'ai jeté un coup d'oeil dans la salle, derrière le rideau : la Favorite, couteau et fourchette à la main, s'apprêtait à porter lentement à sa bouche un morceau de pomme en saumure. En regardant avec attention, j'ai constaté que le niveau de son apéritif avait légèrement baissé.

J'ai immédiatement préparé une assiette pour dresser le carpaccio d'huîtres et d'amadai.

J'ai mis des gants de travail et j'ai ouvert les coquilles avec le couteau idoine, révélant de grosses huîtres bien charnues. Je les ai disposées telles quelles, sans assaisonnement, sur une assiette blanche. J'ai apprêté le carpaccio d'amadai à côté. Le poisson avait mariné environ une demi-journée avec des algues kombu, je l'ai salé et j'ai ajouté un filet d'huile d'olive. Une fois l'assiette servie, je me suis enfin attelée à la préparation du plat suivant, le samgyetang.

J'ai posé le poulet mitonné dans la soupe sur la planche à découper et, avec un couteau, je l'ai débité en gros morceaux. La grande bardane et le riz gluant dont j'avais farci la volaille laissaient échapper le riche fumet d'un succulent bouillon. Rien que l'odeur me réchauffait le corps.