Affichage des articles dont le libellé est Pierre Lemaitre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pierre Lemaitre. Afficher tous les articles

mémoire de nos peines

La Marseillaise, Django Reinhard & Stéphane Grapelli
Anna Valenn, Le Blog


Non, s’il souriait aussi joliment à sœur Cécile, c’était uniquement pour gagner du temps. Non pas le temps bref qui sépare la question de la réponse, mais celui, bien plus conséquent, que, homme ou femme, on accorde toujours aux gens qui nous séduisent. Leur charme suspend pour un moment notre incrédulité, on rejette à plus tard l’examen des raisons que l’on aurait de douter au profit du plaisir de l’instant.



Mémoire de nos peines, Pierre Lemaitre publié aux éditions Albin Michel - Pierre Lemaître, toujours un brin anar comme on aime, se surpasse dans ce troisième volet de la trilogie Au Revoir là-haut - Couleurs de l'incendie - Mémoire de nos peines. 

Sur les routes de la débâcle de 1940,  on a Louise (la fille de la logeuse d'Édouard Péricourt vous vous souvenez, la gueule cassée aux masques fabuleux d'Au Revoir là-haut) et Monsieur Jules, on a Gabriel et Raoul, et ah là là, l'incroyable Désiré, et Alice et Fernand, autant de personnages attachants d'un roman requinquant. 


« Sur le fait ? hurlait Gabriel. Quel fait ! »
                  
À quoi Raoul répondait par un large sourire et une claque dans le dos :
                 
« Je plaisante, sergent-chef, je plaisante ! »

Raoul aimait bien Gabriel. Au pont sur la Tréguière, il s’était montré courageux. Lui était un colérique, faire exploser un pont était dans son tempérament, toute son enfance il avait dû lutter contre la violence, la bagarre lui était naturelle. Mais de la part de ce petit professeur de mathématiques, c’était plus surprenant, Raoul l'avait trouvé très bien.

trois jours et une vie


Anna Valenn, Le Blog
Black Is Black, Los Bravos
Maintenant qu'il était adulte, la prison ne l'effrayait plus, sa terreur, c'était la tourmente : le procès, les journaux, les télévisions, la presse envahissant Beauval, traquant sa mère, les gros titres, les interviews des experts, les commentaires des chroniqueurs judiciaires, les photographies, les déclarations des voisins... Il imaginait Emilie bêtifiant face à un objectif de caméra, elle ne se vanterait pas de ce qu'ils avaient fait ensemble. Le maire tenterait de disculper la ville, mais en vain : Beauval avait abrité à la fois la victime et l'assassin à quelques dizaines de mètres de distance, on ferait pleurer Mme Desmedt pour la filmer, elle serait accompagnée de Valentine, trois mioches sur les bras, et on reposerait gravement la question, la sempiternelle question : comment peut-on devenir assassin à douze ans ? Tout le monde adorerait ce fait divers parce que, face à lui, chacun se sentirait merveilleusement normal. La télévision se livrerait à un historique des cas célèbres, remontant aussi loin que le permettraient les archives de la police. Le crime de Beauval exorciserait les velléités de violence de tout un peuple, on pourrait se délecter de placer la faute sous la responsabilité d'un seul, de la satisfaction de voir quelqu'un puni pour une action dont n'importe qui serait capable.

Il grimperait en quelques minutes au firmament des assassins d'anthologie. Il cesserait d'exister.

Il ne serait plus une personne, Anna Valenn, Le Blog  deviendrait une marque.



Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre chez Albin Michel et en Livre de Poche - Écrit juste après Au revoir là-haut et l'obtention du Goncourt, un huis-clos noir noir noir en milieu rural. Bien oppressant, et tout à fait prenant. 

c'est pourquoi je vous écris (couleurs de l'incendie)

Immortels, Bashung

Anna Valenn : notre Histoire, le Feuilleton

Chère Solange, 

Votre décision d'aller chanter à Berlin me fait beaucoup de souci. Je lis dans les journaux qu'il y a là-bas plein de gens malheureux, beaucoup de musiciens ! Je ne m'y connais pas beaucoup, c'est vrai, mais on a brûlé des livres, on a saccagé des magasins juifs, j'ai vu des photos. Ce qui me fait de la peine, ce n'est pas que vous chantiez à Berlin, c'est de vous voir aussi enthousiaste pour les gens qui font ça. Je ne sais pas comment vous le dire. J'ai tourné les mots dans ma tête pendant longtemps avant de prendre la plume. Je vous dois beaucoup. Quand j'ai entendu votre voix pour la première fois, c'est comme si je renaissais. Si je suis encore vivant, c'est grâce à vous. Mais ce que vous faites là ne peut pas aller avec ma vie. C'est pourquoi je vous écris. Pour vous remercier du fond du coeur. Mais vous dire aussi que je ne répondrai plus à vos lettres parce que la personne qui aime ces gens-là, sans s'occuper du reste, n'est plus celle que j'ai tant aimée. 


Paul



Couleurs de l'incendie, Pierre Lemaitre  chez Albin Michel ; en Livre de Poche.  - Après Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, Couleurs de l'incendie est le second volet d'un feuilleton consacré à l'entre-deux-guerres. 

Au revoir là-haut, c'était fin 1918 - 1920. Couleurs de l'incendie démarre 7 ans plus tard. Engagé et généreux, un brin anar, bien documenté, parfaitement construit, de ces rebondissements, écriture visuelle, tous les personnages ont une sacrée présence. On s'émeut on s'indigne on tremble on s'amuse on jubile, on referme la 535ème page en espérant le troisième volet annoncé.



Ce fut alors plus fort que lui :

- Votre rancune à son égard tiendrait-elle... à ces penchants ?

Elle fit mine de n'avoir rien entendu, mais comprit aussitôt que ce silence serait mal interprété. Quoi, M. Dupré allait-il croire qu'elle était une femme simplement vexée d'avoir eu pour amant un homme qui préférait les hommes ? Raison basse, Madeleine avait des préjugés, mais pas ceux là.

M. Dupré, dans ces situations, fixait sa cuillère.

au revoir là-haut

Immortels, Bashung

Anna Valenn, et c'est du cinéma

M. Péricourt s'était toujours interdit la moindre vision précise concernant ce qu'il appelait les "goûts affectifs" de son fils. Même en son for intérieur, il ne réfléchissait jamais en termes de "préférence sexuelle" ou quoi que ce soit de cette sorte, trop précise pour lui, choquante. Mais comme pour ces pensées qui vous semblent surprenantes, dont vous comprenez pourtant qu'elles vous ont, en fait, travaillé souterrainement un long moment avant d'émerger, ils se demanda si ce jeune homme avec strabisme et fossette était un "ami" d'Edouard. Mentalement, il spécifia : un amour d'Edouard. Et la chose ne lui apparut plus aussi scandaleuse qu'auparavant, seulement troublante ; il ne voulait pas imaginer... Il ne fallait pas que cela soit trop réaliste... Son fils n'était pas "comme les autres", voilà tout. Des hommes comme les autres, il en voyait beaucoup autour de lui, des employés, des collaborateurs, des clients, les fils, les frères des uns ou des autres, et il ne les enviait plus comme autrefois. Il ne parvenait même pas à se souvenir des avantages qu'il leur trouvait à l'époque, quelle supériorité, à ses yeux, ils avaient alors sur Edouard. Il se détestait rétrospectivement pour sa bêtise.




Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre aux éditions Albin Michel, en Livre de Poche. Prix Goncourt 2013 - Un grand roman anar, et très bien construit, à la polar, sur la toute fin de la guerre de 14-18 et l'après. Une écriture cinématographique, les personnages créés sont intenses, vibrants, du sentiment, des rebondissements, de la fantaisie, c'est trop bon, les 573 (624 en poche) pages se dévorent. 
Adapté au cinéma par Albert Dupontel. En BD aussi avec Christian de Metter.


en art, on voit souvent
 les mêmes sujets...

, Madeleine, un jour, trancha clairement sur son physique médiocre. Elle avait  seize ans, dix-sept. Son père l'embrassait sur le front, la voyait mais ne la regardait pas. Il n'y avait pas de femme dans cette maison pour lui dire, à elle, ce qu'il fallait faire, comment s'arranger, elle devait deviner, observer les autres, les copier, toujours en un peu moins bien. Déjà qu'elle n'avait pas beaucoup de goût pour ces choses. Elle voyait que sa jeunesse, ce qui aurait pu être sa beauté, du moins son caractère, fondait, s'effilochait, parce que personne ne s'en occupait. Elle avait de l'argent, ça, on n'en manquait pas chez les Péricourt, ça tenait même lieu de tout, alors elle paya des maquilleuses, des manucures, des esthéticiennes, des couturières, plus qu'il n'en eût fallu. Madeleine n'était pas un laideron, elle était une jeune fille sans amour. L'homme dont elle attendait un regard de désir, qui seul pouvait lui fournir un peu d'assurance nécessaire pour devenir une jeune femme heureuse, était un homme occupé, occupé comme on le dit d'un territoire, occupé par l'ennemi, les affaires, les adversaires à combattre, les cours de la Bourse, les influences politiques, accessoirement ce fils à ignorer (tâche qui lui prenait beaucoup de temps), toutes ces choses qui lui faisaient dire "Ah Madeleine, tu étais là, je ne t'avais pas vue, file au salon, ma chérie, j'ai du travail !", alors qu'elle avait changé de coiffure ou qu'elle portait une nouvelle robe.

AU REVOIR LÀ-HAUT

Immortels, Bashung

Anna Valenn est très BD : notre Histoire, et c'est du cinéma !


JE T'AI DIT QUE C'EST NON !

ÇA NE ME FAIT PAS MARRER, MOI ! CE QU'IL VEUT FAIRE C'EST UN SACRILÈGE !

IL DEMANDE SI ÇA, C'EST PAS LE PREMIER SACRILÈGE ?

SI ON SE FAIT PRENDRE, C'EST LA GUILLOTINE. ALORS, JE SAIS QUE TU ES FÂCHÉ AVEC TA TÊTE, MAIS MOI, LA MIENNE, ELLE ME VA ENCORE ASSEZ BIEN ! 

AHH

AHHHH

POK



scénario Pierre Lemaitre & dessin Christian De Metter, publié aux éditions Rue de Sèvres, adaptation du roman Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre aux éditions Albin Michel, en Livre de Poche. Prix Goncourt 2013 Un grand roman anar, et très bien construit, à la polar, sur la toute fin de la guerre de 14-18 et l'après. Une écriture cinématographique, les personnages créés sont intenses, vibrants, du sentiment, des rebondissements, de la fantaisie, c'est trop bon, les 573 (624 en poche) pages se dévorent. Et quant à la BD, le texte sert et met en valeur l'illustration bien expressive. On peut commencer par le roman et enchaîner sur la BD. Ou l'inverse. Deux plaisirs différents, et qui se complètent.
Adapté au cinéma par Albert Dupontel.


Mars 1919 - Centre de démobilisation.



NON DÉSOLÉ CONNAIS PAS.

MERDE, LA SOUPE EST FROIDE.

PAS DE TRAIN, CAFE TIÈDE ET SOUPE FROIDE... C'EST COMME ÇA QU'ON REMERCIE LES HÉROS...

MAIS MERDE ! POUR AUXERRE, Y A TOUJOURS PAS DE TRAIN ?

ON S'EN FOUT D'AUXERRE ! POUR MARSEILLE ON EST 500 !

TU SAIS OÙ C'EST POUR LES CHAUSSURES ?

Y A LONGTEMPS QU'Y EN A PLUS, MON PAUVRE VIEUX.

TU RESSEMBLES PAS À TA PHOTO.

BAH, UNE GUERRE ÇA VOUS CHANGE UN HOMME.

C'EST POSSIBLE, MAIS MOI JE DOIS EN ETRE SÛR.

AH SOLDAT MAILLARD, JE VOUS CHERCHAIS.

SUIVEZ-MOI.

travail soigné +1

Black Is Black, Los Bravos

Anna Valenn aime les +1ers romans

Lorsqu'il eut raccroché, il reprit sa liste :

Tremblay = Dahlia noir = Ellroy

Courbevoie = American Psycho = Ellis


et ajouta :

Glasgow = ? = ??




Travail soigné, Pierre Lemaitre en Livre de Poche. - Le commissaire Camille Verhoeven, 1m45 (eh oui sa mère peintre et grande fumeuse a continué tout au long de sa grossesse), est confronté à une série de crimes aussi atroces que soigneusement mis en scène. Il s'y impliquera au delà de toute prudence. Premier roman de Pierre Lemaitre et hommage au meilleur de la littérature noire. 


En retrouvant Irène bien entière, à demi allongée sur le canapé, face à la télévision, les deux mains posées sur son ventre, un beau sourire sur les lèvres, Camille se rendit compte qu'il avait, depuis le matin, des morceaux de femme plein la tête.

- Ça ne va pas... ? lâcha-t-elle en le voyant rentrer avec son gros dossier sous le bras.

- Si... très bien.

Pour faire diversion, il posa une main sur son ventre en demandant :

- Alors, ça bouge bien, là-dedans ?