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comme un défi pour changer les conventions (le jeune homme)

Love Street, The Doors

Anna Valenn, Le Blog

Chez moi, il endossait le peignoir à capuche qui avait enveloppé d'autres hommes. Lorsqu'il le portait, je ne revoyais jamais l'un ou l'autre d'entre eux. Devant le tissu éponge gris clair j'éprouvais seulement la douceur de ma propre durée et de l'identité de mon désir. 


Le Jeune homme, Annie Ernaux publié aux éditions Gallimard - Annie Ernaux relate, dans ce court récit, une liaison qu'elle a eue avec un jeune homme de trente ans son cadet, et de même origine populaire et normande qu'elle. Elle mettra fin à cette liaison juste avant d'écrire L'Evénement, le récit de son avortement clandestin, trente ans plus tôt. 

Ce n'est pas un livre essentiel de l'oeuvre d'Annie Ernaux comme le sont l'Evénement, La Place, Passion Simple ou Les Années, mais un bout du puzzle Annie Ernaux, que tout admirateur de l'oeuvre singulière de cette auteure importante, sera curieux de lire. 


Mon corps n'avait plus d'âge. Il fallait le regard lourdement réprobateur de clients à côté de nous dans un restaurant pour me le signifier. Regard qui, bien loin de me donner la honte, renforçait ma détermination à ne pas cacher ma liaison avec un homme "qui aurait pu être mon fils" quand n'importe quel type de cinquante ans pouvait s'afficher avec celle qui n'était visiblement pas sa fille sans susciter aucune réprobation. Mais je savais, en regardant ce couple de gens mûrs que si j'étais avec un jeune homme de vingt-cinq ans, c'était pour ne pas avoir devant moi, continuellement, le visage marqué d'un homme de mon âge, celui de mon propre vieillissement. Devant celui d'A., le mien était également jeune. Les hommes savaient cela depuis toujours, je ne voyais pas au nom de quoi je me le serais interdit.

sanction / strafe

Où va le monde ? La Femme

Anna Valenn x la Nouvelle

- Tomber amoureux est un processus extrêmement complexe. Au départ, nous ne sommes pas amoureux de notre partenaire, mais plutôt de l'image que nous nous faisons de lui. Lorsque cette image est rattrapée par la réalité, autrement dit lorsque nous comprenons qui est vraiment l'autre, la relation entre dans une phase critique. Aux Etats-Unis, on voit souvent des femmes normales, avec les pieds sur terre, épouser des détenus. En général, elles font leur connaissance par le biais de petites annonces. Elles savent donc qu'elles ont peu de chances de partager un jour la vie de leur partenaire. Et pourtant, ces relations sont solides. C'est le même phénomène que chez M. Meyerbeck. L'amour que ces femmes portent aux détenus ne connaîtra jamais l'épreuve de la réalité. De la même manière, la relation de M. Meyerbeck avec sa poupée ne se concrétisera jamais. Ainsi, rien ne risque d'ébranler son amour. C'est une relation heureuse et pérenne.





Sanction, Ferdinand von Schirach. Titre original : Strafe, recueil de nouvelles traduit par Rose Labourie publié aux éditions Gallimard -  Ces nouvelles sont d'égal intérêt, ce qui est rare, et ont la force de l'expérience connue, c'est que l'auteur est avocat de la défense au barreau de Berlin, et son talent de nouvelliste frise ici la perfection. Passionnante lecture, et par moments, bien bien dérangeante. 

« ici, c’est comme ça. » (le pays des autres)

Andaloussiyyat, Saïd Chraïbi
Anna Valenn, Le Blog

Les yeux baissés, son voile remonté jusqu'au-dessus du nez elle se sentait disparaître et elle ne savait pas vraiment quoi en penser. Si cet anonymat la protégeait, la grisait même, il était comme un gouffre dans lequel elle s'enfonçait malgré elle et il lui semblait qu'à chaque pas elle perdait un peu plus son nom, son identité, qu'en masquant son visage elle masquait une part essentielle d'elle-même. Elle devenait une ombre, un personnage familier mais sans nom, sans sexe et sans âge. Les rares fois où elle avait osé parler à Amine de la condition des femmes marocaines, de Mouilala qui ne sortait jamais de chez elle, son mari avait coupé court à la discussion. "De quoi tu te plains ? Tu es une Européenne, personne ne t'empêche de rien. Alors occupe-toi de toi et laisse ma mère où elle est." 



Le pays des autres, Leïla Slimani  aux Éditions Gallimard - Tout commence avec la grande Madeleine qui épouse le bel Amine qui la ramène au bled. Saga familiale entre Maroc et Alsace, dans les années 50. Ecriture maîtrisée, un brin trop pédagogique à mon goût, tout est éclairci, expliqué comme le ferait un bon professeur, cela dit, la construction du roman est impeccable, et tous les personnages sont magnifiques, complexes, et attachants. Le roman se termine sur un "cliffhanger" terrible ! Hâte de lire la suite.




Omar ne réapparut pas. Une semaine passa, puis un mois, et Omar n'avait toujours pas donné signe de vie.


Un matin, Yasmine trouva devant la porte cloutée deux paniers remplis de nourriture. Ils étaient si lourds qu'elle dut les traîner sur le sol jusqu'à la cuisine et elle appela Mouilala en hurlant. "Deux poulets, des oeufs et des fèves. Regardez ces tomates et ce sachet de safran !" Mouilala se jeta sur l'ancienne esclave et elle la frappa. "Range tout ça ! Tu m'entends, range-le !" Son visage flétri était couvert de larmes et elle tremblait. Mouilala savait que les nationalistes distribuaient aux familles de martyrs ou de prisonniers des paniers de nourriture et parfois de l'argent. "Idiote ! Imbécile ! Tu ne comprends pas qu'il est arrivé quelque chose à mon fils ?"


vous aimez quoi dans la vie ? (haka)

Everybody's Talkin', Iggy Pop

Anna V
alenn, Le Blog


Fitzgerald arrivait, tête baissée, les cuisses tétanisées.

Incrusté entre les débris de son vélo et les parois de l'ascenseur, John évalua à cinquante contre une les chances du flic pour que les portes restassent ouvertes avant son arrivée.

De fait, l'ascenseur se referma alors que Jack y croyait dur comme fer. Le cyclomoteur tenta une vaine ruade contre la porte métallique, catapultant le policier tandis que l'ascenseur grimpait les étages avec une facilité toute mécanique. Il stoppa au rez-de-chaussée de l'immeuble. Ménageant sa monture pour, paraît-il, aller loin. John fit rouler le vélo sur les dalles du hall. Le guidon était tordu, la dynamo ne répondait plus que par S.O.S. et les roues s'étaient voilées en signe de deuil mais il fonctionnait encore.

Un calme olympien régnait au milieu des buildings vides. John grimpa sur la bicyclette et se mit à faire des mouvements circulaires. À peine eut-il le loisir de goûter à l'exquise brise de la nuit qu'un nouveau de moteur perça le silence de la ville. John préféra rassurer ses arrières d'un regard de poursuiteur.

- Et merde...

La fourche du cyclomoteur avait pris la forme d'un boomerang, le moteur crachait sa colère noire sur le bitume, une bosse fendue pointait sur son front réputé solide mais Fitzgerald était toujours en course. Il remit les gaz, crut en ses chances et alors chuta, moteur cassé.

John roulait à allure de croisière sur le calme plat du bitume.


Le policier se releva, titubant. Au bout de l'avenue, la silhouette du fugitif passait dans la nuit. Il pointa son arme, chatouilla la détente : au bout du canon, le cycliste zigzaguait sous les lampadaires. Il marmonna : 

- L'inconscient...

Fitzgerald baissa son arme en regardant l'homme tourner à l'angle de la rue.




Haka, Caryl Férey édité chez Gallimard ; en format folio - Polar sauvage et exotique. On est à Auckland - Nouvelle Zélande, en terre maorie. C'est très bien documenté et original, l'intrigue se tient. Par moments, l'écriture prête à sourire, ça détend ! 

ceux qui ont la rage (mapuche)

Beat'em Up, Iggy Pop

Anna Valenn, Le Blog


- Au fait, demanda Jana, tu connais le détective de la rue Perú ?

Paula resta un moment interdite au milieu des sculptures, chercha dans le fleuve tumultueux où nageaient ses souvenirs.

- Calderón ? Oui, oui, on se croise de temps en temps au marché. Pourquoi, renchérit-elle, tu penses à lui pour l'affaire de Luz ?
- Lui ou un autre.
- Lui c'est mieux.
- Pourquoi ?
- Il marche, on dirait un puma qui roule des épaules ! s'enthousiasma Paula.

Jana secoua sa tignasse, pleine de poussière - n'importe quoi.

- C'est qui, demanda-t-elle, un ancien flic ?
- Je sais pas, je crois qu'il recherche des disparus. J'ai jamais osé lui parler mais on m'a dit qu'il était en lien avec les Grands-Mères.
- Ah oui.
- C'est peut-être lui, la solution, fit Paula. Tu verrais ses yeux !
- Je ne vois pas le rapport.
- C'est parce que tu ne les as pas vus ! Je ne sais pas quel âge il a, poursuivit-elle, mais il ne le fait pas ! (Elle vit l'heure sur sa montre en plastique.) Bon, il faut que je me dépêche ou je vais tout rater !

Le travesti se dandina vers la porte coulissante et soudain se rétracta.

- Il y a un problème, Jana, dit-elle en se retournant.
- Oui, quoi ?
- Comment on va faire pour le payer ? On n'a pas d'argent.

Jana haussa les épaules.

- Je vais me débrouiller... Va donc te faire une beauté.
- J'y cours !

Paula fila vers le jardin sans voir le regard sombre de la Mapuche.



Mapuche, Caryl Férey édité chez Gallimard dans la Série Noire ; en format poche folio - Un amour sexy et sauvage, et la dénonciation des exactions diverses atroces et variées commises en Argentine sous la dictature militaire. Évasion intelligente et adrénaline garanties.

à moins que quelque chose ne vous vienne à l'esprit (coupables / schuld)

Autour du monde, Daft Punk

Anna Valenn x la Nouvelle

Trois mois plus tard l'audience s'ouvrit.
Le président était sur le point de prendre sa retraite. Un visage sec, coupe en brosse, cheveux gris, lunettes sans monture apparente - il n'y avait pas lieu dans la salle moderne. Un architecte ont imaginé dans le style de l'époque, avec des fauteuils moulés en plastique vert clair et des tables Resopal blanches; c'était censé représenter quelque chose dans le genre d'une justice démocratique. Ça n'avait rien changé aux verdicts. Le président fit le rappel des faits, il acta la présence des différentes parties. Puis il interrompit les débats, l'assistance fut congédiée et Alexandra reconduite au dépôt. Il attendit que le calme fût de retour.


"Mesdames, Messieurs, je vous dis le coeur ouvert, commença-t-il d'une voix traînante, à l'intonation fatiguée, j'ignore ce que nous devons faire. Nous allons mener l'audience à son terme et étudier le dossier. Mais je ne veux pas condamner l'accusée, elle a souffert de cet homme pendant dix ans, il l'a presque battue à mort. Sa fille était probablement la prochaine victime sur la liste. "

J'ignorais ce que je devais dire. À Berlin, le Parquet aurait immédiatement récusé le juge pour partialité - tenir des propositions si diriger en ouverture d'une audience aurait été impensable. Ici à la campagne, il en était autrement. La proximité entre les gens était plus grand - tous ensemble, nous devions sortir de cette tragédie la tête haute. Ce que pensait le Parquet ne revêt aucune importance aux yeux du président - Kaulbach resta assis, sans broncher.

"Je vais devoir la condamner. La loi m'y contraint", dit-il. Il me regarda. "À moins que quelque chose a choisi ne vous vienne à l'esprit. Je vous laisse le champ libre."


Anna Valenn, Le Blog
Coupables, Ferdinand von Schirach /  titre original: Schuld, traduit par Pierre Malherbet  recueil de nouvelles publié aux éditions Gallimard, collection Du monde entier  - Ferdinand von Schirach est avocat de la défense au barreau de Berlin, et les quinze nouvelles de ce recueil ont la force du vécu. Une plume concise, le sens du retournement de situations, de l'inattendu, voire carrément de l'improbable, et quelques happy ends qui font du bien ! 

AYA DE YOPOUGON 4


Anna Valenn, Le Blog
Magic in the Air, Magic System
Hé c'est quel pays où la pluie ne s'arrête jamais ? Ah, je vais aller m'enjailler dans la nourriture.
Je suis démoralisé, même. Si j'avais au moins quelqu'un dans ma vie...
Sale pédale !
Prends ça !
Lâchez-moi, au secours !
Prends-lui son fric !
!
Mais vous, là, y a quoi ?
Dégage, toi, sinon on te casse en deux.
Ouille ! A moi !
Essayez pour voir bande de ténias. Si vous êtes de vrais garçons, là, venez me voir, je vais tous vous djaaaaaaaa
Grand-père sorcier, viens à moi !
Mes ancêtres, retenez-moi, je vais les tuer, walaï !
grâce à moi-même et au
découragement qui n'est pas
ivoirien
Il est dingue celui-là.
Viens, on se casse !
Vagabonds, chiffonniers, voleurs ! Restez ici, je vais finir avec vous, au nom d'Innocent !
Aie, ils m'ont massacré les salauds.
Mon ami, tu peux te lever ? Tu saignes,... Quelle bande de lâches, deux contre un. Allez, prends ton courage à deux mains. 
Ah merci, sans toi, ils me tuaient.
Mais tu leur as fait quoi ? Tu leur dois de l'argent ?
Non, ils détestent les gays.
Mais comment on peut frapper quelqu'un juste parce qu'il est content ?! Ce pays-là est bizarre, dêh !
?
Quand y a musique ils sont fâchés, quand on est joyeux, on est frappé, quand on est frappé, ils ne font rien !
On ne doit pas parler de la même chose...
Chez moi, là, tu cries "au secours", il y a trente personnes qui viennent t'aider. Si c'est voleur on le poursuit jusqu'à lui-même il court pour aller voir policier.
Tu n'es pas d'ici, toi.
Ça se voit, non ? Je viens du soleil.



AYA DE YOPOUGON  - Volume 4, scénario : Marguerite Abouet & dessin : Clément Oubrerie, publié chez Gallimard BD - C'est Yopougon, quartier d'Abidjan, comme si on y était, mais aussi Paris dans la peau d'un Yopougonais venu se chercher. Un feuilleton qui ensoleille le nom de l'Afrique ! 

d'où ça sort, ces phrases-là ? (l'évangile selon yong sheng)

Fous ta cagoule, Fatal Bazooka

Anna Valenn, Le Blog
«Bon ! Maintenant, tu vas réciter un passage du Petit Livre rouge, pour demander au président Mao de te pardonner.
- Quel passage ? Laissez-moi réfléchir.
- Dépêche-toi !
- Voilà. Si j'a commis des erreurs, je demande à tous les camarades de me corriger.»

La charité est patiente, elle est pleine de bonté.

Au pied de la tribune, un groupe d'enfants répéta sa phrase.

La charité n'est point envieuse.

D'autres enfants se joignirent au premier groupe, pour reprendre ses paroles. On eût dit un choeur de petits catéchumènes, dont les voix cristallines s'élevaient dans ce lieu, qui avait jadis été une église. Helai et le Manchot, qui volaient dans les airs au-dessus d'eux, en furent si séduits qu'ils regagnèrent le sol.

La charité ne se vante point, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt.

Peu à peu, les gens cessèrent de se quereller, pour mêler leurs voix à celles des enfants, et répéter mécaniquement le sermon de Yong Sheng, à la manière d'automates.

Elle ne s'irrite point, elle ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité.

Bientôt contaminé par la ferveur de la foule, le chef de la sécurité commença à remuer les lèvres. Lorsque, à son tour il répéta les mots prononcés par Yong Sheng, le son qui sortit de sa bouche ressembla plus à un aboiement qu'à une voix humaine.

Elle excuse tout, elle croit tout, elle supporte tout.

Cette phrase, que Yong Sheng fit traîner comme une longue plainte, lui rappela ses bénédictions d'antant.

La charité ne périt jamais.

Les révolutionnaires, exaltés, reprirent cette dernière expression, et leurs voix retentirent comme un coup de tonnerre sous la voûte de l'atelier.

Enfin, avec une infinie douceur, il leur livra la source de cette homélie.

«I Corinthiens. Chapitre 13, versets 4 à 8.»

Là, ils hésitèrent un instant, puis le répétèrent mot à mot ce qui'l venait de dire.

«Il n'y a pas ce passage-là dans le Petit Livre rouge», cria quelqu'un dans l'assistance. Le chef de la sécurité se tourna vers Yong Sheng.

«À quoi tu joues ? lui demanda-t-il.

- J'ai eu un moment d'égarement. Je me suis trompé de récitation.

- D'où ça sort, ces phrases-là ?

- De la Bible. Le Nouveau Testament.»
Sans le laisser finir sa phrase, l'autre lui balança un grand coup de pied, qui le fit tomber de la tribune. De nouveau, la plaque de ciment dégringola, comme un homme ivre, les trois marches de soubassement du fourneau.


L'Évangile selon Yong Sheng, Dai Sijie  chez Gallimard. Dai Sijie écrit en français, et vit en Chine. Roman dédié à la mémoire du pasteur Dai Meitai (1895 - 1973) grand-père de l'auteur. - Né au début du vingtième siècle dans la province chinoise du Fujian, Yong Sheng est fils de charpentier, grand maître artisan de sifflets pour colombophiles. Yong Sheng sera placé tout gamin à l'école tenue
par un pasteur étranger, il demandera le baptême, sera forcé au mariage par superstition, s'en accommodera, choisira de devenir pasteur, ouvrira un orphelinat. Et puis c'est 1949, l'avènement de la République populaire, l'absurde et le calvaire culminent lors de la Révolution culturelle. Les trahisons.

Un sacré talent de conteur, c'est personnel, inspiré de l'histoire de son grand-père pasteur. C'est exotique, descriptions qui emportent et font voyager, c'est historique,  instructif, intelligent, et palpitant.


«Comment s'appelle votre petit-fils ? avait demandé le pasteur.
- On l'appelle petit Yong, il n'a pas de prénom, il est encore trop petit. Si on lui en donnait un, les démons pourraient nous le prendre.

- S'il vient étudier dans mon école, il doit avoir un nom.»
La grand-mère réfléchit, et finit par accepter :
«D'accord. Vous pourriez lui en choisir un, puisque vous êtes pasteur.
- Il s'appellera Yong Sheng. Sheng, c'est le son. Ce sera un hommage aux sifflets de son père.» 

DON’T – LOOK – BACK (testament à l'anglaise / what a carve up!)

Les histoire d'A., Les Rita Mitsouko

Anna Valenn, Le Blog
«C'est une tare de famille, voyez-vous, coupa Mortimer. Piqués des hannetons, timbrés comme un lettre, fêlés comme une cloche. Car il arrive un moment, ajouta-t-il en se penchant et en pointant la seringue vers Michael, il arrive un moment où la rapacité et la folie deviennent impossibles à distinguer. C'est une seule et même chose, pourrait-on dire. Et il arrive un moment où la tolérance - l'acceptation - de la rapacité devient également une sorte de folie. Cette folie ne finira jamais. Du moins... » sa voix se perdit en un souffle spectral «... du moins pas pour les vivants.» 



What a Carve Up! / Testament à l'anglaise,  Jonathan Coe trad. Jean Pavans aux Éditions Gallimard, et en Folio. Un jeune écrivain agoraphobe est chargé d'écrire un bouquin sur une famille puissante dont les membres sont plus affreux les uns que les autres. Satire politique, et narration décousue, en puzzle pour ne pas dire en bordel, on s'y perd, faut s'accrocher, c'est qui déjà celle-la, et c'était quand,  
‘Look, Michael, let me just say
 something. We’re never going 
to get anywhere, you and me, 
by harping on about the past. 
The past is a mess, in both our 
cases. We’ve got to put it behind
 us. Agreed?’ ‘Agreed.’ ‘All right, 
so repeat after me: 
DON’T – LOOK – BACK.’ 
‘Don’t look back.’ 
‘Good.’
le final est grandiose, et on se félicite d'avoir tenu jusqu'au bout des 679 pages, le truc, ne jamais revenir en arrière, et parcourir les passages un peu de trop, en mode LGV lecture à grande vitesse, continuer toujours avancer. Côté traduction, le titre «Testament à l'anglaise» est bien trouvé, fidèle à l'esprit, la lettre aurait donné «Quelle boucherie !». 


It runs in the family, you see. Mad as hatters, queer as coots, and nutty as fruitcakes, every one of us. Because there comes a point, you know, Michael’ – he leaned forward and pointed at him with the syringe – ‘there comes a point, where greed and madness become practically indistinguishable. One and the same thing, you might almost say. And there comes another point, where the willingness to tolerate greed, and to live alongside it, and even to assist it, becomes a sort of madness too. Which means that we’re all stuck with it, in other words. The madness is never going to end. At least not …’ (his voice faded to a ghostly whisper) ‘… not for the living.



j'ai une sauce sur le feu (AYA DE YOPOUGON 6)


Anna Valenn, Le Blog
Magic in the Air, Magic System
Merci papa de respecter mes penchants homosexuels. Tu verras, je trouverai un bon garçon que j'aimerai..

QUOI !?

Hein ? Héhéhé, tu as dit quoi, là ? Aimer quoi ? Héhéhé... Tu viens de dire quoi ?!

Mais papa... tu sais que j'aime les garçons !

Mon Dieu... Mon fils m'a tué ooooo... Hé Anna Valenn, Le Blog, enterre-moi tout de suite... mon coeur lâche... je meurs...

Anna Valenn, Le Blog, ne meurs pas !

Bon... Euh... J'ai une sauce sur le feu...

Fanta, je viens t'aider, hein... 




AYA DE YOPOUGON  - Volume 6, scénario Marguerite Abouet & dessin Clément Oubrerie, publié chez Gallimard BD -  C'est Yopougon, quartier d'Abidjan, comme si on y était, mais aussi Paris dans la peau d'un Yopougonais venu en France se chercher. Un feuilleton qui ensoleille le nom de l'Afrique ! 

AYA DE YOPOUGON 5

Magic in the Air, Magic System

Anna Valenn est très BD, le Feuilleton

TOI, LÀ, TU FAIS CONCOURS DU PLUS VILAIN TAXI D'ABIDJAN OU QUOI ?

OUI, IL Y A DES TROUS PARTOUT.

MADAME, ÇA ROULE, NON ?

ET ON SE DEMANDE COMMENT, TU DEVRAIS AVOIR HONTE. FAIRE VOYAGER LES GENS AVEC LES JAMBES EN L'AIR COMME ÇA.

ÇA C'EST POUR AVOIR PROBLÈMES DE CIRCULATION DE SANG.

MAIS METTEZ-VOUS À L'AISE, TOUT VA BIEN SE PASSER, DIEU EST GRAND Ô.

QUELLE AISE, ÇA ? SI ON POSE NOS PIEDS ILS VONT TOMBER DANS TES TROUS, LÀ.

EH, ENCORE EUX ! ILS ME VEULENT QUOI ENCORE, MÊME ?

AH PARCE QU'ON T'A DÉJÀ ARRÊTÉ ?

ET ILS T'ONT LAISSÉ REPARTIR AVEC CETTE VOITURE POURRIE ?

EH ! LES SOEURS, PARDONNEZ ! POSEZ VOS PIEDS SINON ILS VONT ME CRÉER DES PROBLÈMES.

ET PUIS ON GAGNE QUOI DANS TON HISTOIRE, LÀ ? 

TAXI GRATUIT.




un mets attentionné et bon
remplace tous les cadeaux
AYA DE YOPOUGON  - Volume 5, scénario Marguerite Abouet & dessin Clément Oubrerie, publié chez Gallimard BD -  C'est Yopougon, quartier d'Abidjan, comme si on y était, mais aussi Paris dans la peau d'un Yopougonais venu se chercher. Un feuilleton qui ensoleille le nom de l'Afrique ! 

from back to front, i love you (miniaturiste / the miniaturist) +1

C'est comme ça, Les Rita Mitsouko

Anna Valenn aime les +1ers romans / VO
The spine is flexible, the book has been used often. As Nella moves to put it back on the pile, a piece of paper covered in writing falls from its middle pages. She scoops it from the floor and the words charge her blood.

I love you. I love you. From back to front, I love you.




The Miniaturist by Jessie Burton / Miniaturiste, premier roman d'une 
comédienne pour le théâtre et la télévision, traduit par Dominique Letellier pour la Collection du Monde Entier, Gallimard ; aussi en format poche Folio 
Amsterdam au 17ème siècle. Nelly, 18 ans, débarque de sa campagne, pour vivre sa vie de femme mariée à Johannes, prospère marchand, 39 ans et un secretEt le lecteur se trouve embarqué dans une histoire invraisemblable, séduit par des personnages moyennement crédibles. Voilà. Un roman avec des défauts mais qui emporte, c'est comme ça.



- Ce n'est pas ... qui m'a trahi, Nella, dit Johannes d'une voix plus dure que jamais. C'est cette ville. Ce sont les années que nous avons tous passées dans une cage invisible, dont les barreaux sont faits d'une hypocrisie meurtrière.

- Mais il...

- Le comportement de chacun est observé en permanence. Et toute cette bigoterie - les voisins surveillent leurs voisins, tressant des cordes pour tous nous ligoter !

ennjailler : plaire, attirer (AYA DE YOPOUGON 3)

Magic in the Air, Magic System

Anna Valenn, Le Blog

Salut les filles !

?

Vous croyiez être débarrassée de moi, hein ?

Bintou, si c'est pour venir me cafouiller...

Non non !

J'étais chez Rita et tu avais encore raison, Aya. Anna Valenn, Le Blog est son gars.

Bintou, tu es allée faire palabre ?

Non... je ne l'ai même pas tapée... ni griffée... ni mordue... ni même cassé ses dents...

Walaï, ma copine ! On ne te reconnaît plus, là !

Eh oui, vous avez la nouvelle Bintou devant vous. Bon, on fait quoi maintenant ?

On a un maquis à décorer, là !



AYA DE YOPOUGON  - Volume 3, scénario Marguerite Abouet & dessin Clément Oubrerie, publié chez Gallimard BD - 
Yopougon, quartier populaire d'Abidjan - Côte d'Ivoire, comme si on y était. Extra ! 


Bon, blague à part, pourquoi tu veux béou du pays ?
Anna Valenn, Le Blog

Eh Aya, tu veux que les paysans d'ici nous tuent ? Les gens comme nous, là, est-ce que tu as déjà vu ça ici ?

Ils doivent se cacher comme Anna Valenn, Le Blog et toi.

Aaah... En France, là, on nous appelle "homosexuels".

Oui Inno, ça veut dire "même sexe".

Aaah ! Blanc donne pas nom gratuit. Si il appelé ça homosexuel, là, il sait pourquoi.

C'est que y en a beaucoup chez eux et qu'ils sont libres !

Euh... Inno ? 

Oui ma chère ?

Tu vas en France pour enlever ton bangala ?

Eh non ô Aya, jamais de ma vie ! On veut juste s'aimer normalement, c'est tout.