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les suprêmes chantent le blues / the supremes sing the happy heartache blues

Big Blue, Vampire Weekend


Anna Valenn, Le Blog

“There they are. My brothers and sisters,” El said of the row of white and black faces in the photo. 

“Your foster home was integrated way back then?” 

“Sure was.” El turned toward her as he spoke, and the movement jostled his bandaged foot. He let out a long hiss between pursed lips. But when Barbara Jean asked if he wanted her to call for the nurse and request more pain medication, he said no. 

“For a long time, that house was the only place in Plainview that was mixed. The second was the Pink Slipper. Folks nobody gave a damn about were always left to mingle as they pleased, long as they didn’t try to associate with decent people."




The Supremes Sing the Happy Heartache Blues / Les Suprêmes chantent le blues, Edward Kelsey Moore traduit de l'américain par Emmanuelle et Philippe Aronson publié chez Actes Sud, en Babel aussi. - C'est la suite du roman "Les Suprêmes", où l'on retrouve le talent d'Edward Kelsey Moore pour traiter de sujets douloureux, ici les ravages de la drogue, de manière chaleureuse. Une lecture distrayante, qui remplit d'espérance.

Back in the 1960s, our schoolmates had started calling Barbara Jean, Clarice, and me “the Supremes” after the singing group. The more widely known Supremes had been separated by fame, acrimony, and death. But more than forty years after our trio was formed, the Plainview Supremes stood united.

ouragan

Rock You Like a Hurricane, Scorpions

Anna Valenn, Le Blog
Le mari qui demande à sa femme si elle a vu ce fou qui roule en sens inverse, un type qui n'a pas été prévenu peut-être, mais non, comment serait-ce possible ? ou quelqu'un qui a oublié chez lui quelque chose de vraiment important, mais qu'est-ce qui peut bien valoir de revenir ainsi en arrière ? Et le silence finit par s'installer dans la voiture, chacun se demandant, en son âme et conscience, ce qui pourrait bien justifier, pour eux, de faire marche arrière. Il roule tout droit et va toujours plus vite. Il remonte le long fleuve embouteillé de l'exode et il pense qu'il est comme eux, exactement comme eux. Lui aussi roule pour sa survie, lui aussi a pris sa voiture pour se sauver.




Ouragan, Laurent Gaudé chez Actes Sud, en J'ai Lu. - On est en Louisiane. L'Ouragan, une centenaire noire et altière, des prisonniers enragés, une femme et son enfant noir, un homme amoureux, un illuminé, la furie des éléments,  l'appétit des alligators, c'est l'apocalypse et la lutte pour la survie, le courage, la folie et la grâce. 


Un roman chorale qui donne la force de se relever. Et l'écriture de Laurent Gaudé est ardente.


Je m'assois. Et je le fais toujours avec un sourire d'aise, n'en déplaise aux jeunes qui me regardent en se demandant quel besoin a une vieille carne dans mon genre de prendre le bus si tôt, encore qu'il n'en soit pas tant que ça à se demander ce genre de choses car la plupart s'en foutent, comme ils se foutent de tout. Je le fais parce que j'ai gagné le droit de le faire et que je veux mourir en ayant passé plus de
jours à l'avant des bus, qu'à l'arrière, tête basse, comme un animal honteux. Je le fais et c'est encore meilleur lorsque je tombe sur des vieux Blancs. Alors, là, oui, je prends tout mon temps. Car je sais que, même s'ils font mine de rien, ils ne peuvent s'empêcher de penser qu'il fut un temps, pas si lointain, où mon odeur de négresse ne pouvait pas les importuner si tôt le matin, et j'y pense moi aussi - si bien que nous sommes unis, d'une pensée commune, même si chacun fait bien attention de ne rien laisser paraître, nous sommes unis, ou plutôt face à face - et je gagne, chaque fois. Je m'assois le plus près de là où ils sont, en posant mes fesses sur un morceau de leur veste si possible pour qu'ils soient obligés de tirer dessus et que leur mécontentement croisse encore. Jamais aucun de ces vieux Blancs ne m'a laissé sa place lorsqu'il est arrivé que le bus soit plein. Une fois seulement, alors que j'avançais dans la travée centrale, un homme m'a souri, s'est déplacé pour aller côté fenêtre et m'a fait signe de m’installer à côté de lui, sur la place qu’il libérait. “Tu n’as pas peur des vieilles vaches noires, fils ?” j’ai lancé pour rie. Il m’a répondu en souriant : “Nous nous sommes battus pour cela.” C’est depuis ce jour que lorsque j’ai besoin d’un clou, ou d’une ampoule - ce qui n’arrive pas si souvent -, je traverse la ville pour aller chez Roston and Sons, le quincailler. Car ce jeune blanc-bec est le cadet du vieux Roston et je me fous que le clou soit plus cher qu’ailleurs, j’y vais au nom des vieilles luttes et du goût savoureux de la victoire.

quand avons-nous été heureux ? (le soleil des scorta)

Le temps est bon, Bon entendeur

Anna Valenn, Le Blog
"Que dirais-tu, répondit Giuseppe, d'un homme qui, au terme de sa vie, déclarerait que le jour le plus heureux de son existence fut celui d'un repas ? Est-ce qu'il n'y a pas de joies plus grandes dans la vie d'un homme ? N'est-ce pas le signe d'une vie misérable ? Est-ce que je ne devrais pas avoir honte ? Et pourtant, je t'assure, chaque fois que j'y réfléchis, c'est ce souvenir-là qui s'impose. Je me souviens de tout. Il y avait du risotto aux fruits de mer qui fondait dans la bouche. Ta Giuseppina portait une robe bleu ciel. Elle était belle comme un coeur et s'activait de la table à la cuisine, sans cesse. Je me souviens de toi, au four, suant comme un travailleur à la mine. Et le bruit des poissons qui sifflaient sur le gril. Tu vois, Après une vie entière, c'est le souvenir le plus beau de tous. Est-ce que cela ne fait pas de moi le plus misérable des hommes ?"

Raffaele avait écouté avec douceur. La voix de son frère lui avait fait revivre ce repas. Il avait revu lui aussi, la congrégation joyeuse des Scorta. Les plats qui passaient de main en main. Le bonheur de manger ensemble.

"Non, Peppe, dit-il à son frère, tu as raison. Qui peut se vanter d'avoir connu pareil bonheur ? Nous ne sommes pas si nombreux. Et pourquoi faudrait-il le mépriser ? Parce que nous mangions ? Parce que ça sentait la friture et que nos chemises étaient mouchetées de sauce tomate  ? Heureux celui qui a connu ces repas-là. Nous étions ensemble. Nous avons mangé, discuté, crié, ri et bu comme des hommes. Côte à côte. C'étaient des instants précieux, Peppe. Tu as raison. Et je donnerais cher pour connaître à nouveau la saveur. Entendre à nouveau vos rires puissants dans l'odeur du laurier grillé."





Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé chez Actes Sud. Prix Goncourt. En format poche, Babel et J'ai Lu. - On est dans un village des Pouilles, son église et sa terre aride. Saga familiale  et roman solaire. L'écriture de Laurent Gaudé est ARDENTE.

la mort du roi tsongor

Exit Music, Radiohead

Anna Valenn, Le Blog
"Je comprends ta peur, Sango Kerim. Elle est juste. Il n'y a pas de victoire."

Et il avait raison. Sango Kerim le comprit. Il regardait la ville à ses pieds qui se préparait au combat du lendemain. Et il sut que le siège de Massaba était une folie. Au fil des jours, des mois, des années qui viendraient, il ne connaîtrait plus que le rythme alterné des victoires et des deuils. Et chaque victoire, même, aurait un goût profond de blessure car elle serait obtenue sur des hommes et sur une ville qu'il aimait.


La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé chez Actes Sud et en Livre de Poche. Prix Goncourt des lycéens. - Un conte sur l'orgueil mal placé et la bêtise têtue. Batailles de coqs, frère contre frère, et ruines cendres et misère. Texte court, 204 pages, et c'est bien assez. Message passé !


La bataille fut horrible et dura tout le jour. A la poussée fiévreuse de Danga, Arkalas et Barnak opposaient une résistance tenace. Le mur qu'ils formaient semblait infranchissable. Danga enrageait. Le palais était là. A cinq cents mètres à peine. Il le voyait. Il lui suffisait de passer cette poignée d'hommes pour reprendre la ville de son frère. Mais rien n'y faisait. Arkalas se battait comme un dément. Il haranguait ses ennemis. Les provoquait. Venait les chercher lorsque ceux-ci hésitaient à attaquer. Le vieux Barnak, ivre de drogue, semblait danser entre les morts. Aucune pique, aucune flèche ne pouvait l'atteindre. il parait tous les coups. Et ses compagnons semblaient animés par une vigueur de danseurs en transe. Danga, petit à petit, reculait. Alors furieux de ne pas parvenir à pénétrer dans Massaba, il ordonna aux siens de tirer sur les maisons environnantes des flèches enflammées. Il mit le feu où il pouvait et le feu, comme une gangrène, se propagea de toit en toit, libérant, partout, une immense fumée. Les habitants, terrorisés, courraient d'un point à un autre, avec de pauvres récipients. Arkalas et Barnak avaient repoussé Danga et colmaté la brèche, mais le feu désormais mangeait la cité.

unzip me (les suprêmes / the supremes at earl's all-you-can-eat) +1

Feel Good Inc, Gorillaz

Anna Valenn aime les +1ers romans
The highlight of the mural is the sexiest picture of Jesus you’ve ever seen. He has high cheekbones and curly jet-black hair. His bronzed, outstretched arms bulge with muscles and He has the firm stomach of a Brazilian underwear model. His mouth seems to be blowing kisses to the congregation and His crown of thorns is tilted so He has a Frank Sinatra cool about Him. It all comes together in a way that makes you wonder if Jesus is about to ask you to join the church or to run outside for a game of beach volleyball with Him and a dozen of His hot biblical friends.






The Supremes at Earl's All-You-Can-Eat, Edward Kelsey Moore / Les Suprêmes traduit de l'américain par Cloé Tralci avec la collaboration d'Emmanuelle et de 
Philippe Aronson publié chez Actes Sud, et en Babel  Premier roman  d'Edward Kelsey Moore qui a le grand talent de traiter de sujets douloureux - ici : le cancer, l'infidélité chronique, le racisme violent, l'enfance battue - de manière chaleureuse et porteuse d'espérance. Une lecture distrayante de qualité.

elle n'aurait pas toléré l'ijime (tonbo - au coeur du yamato)

Keep On Loving You, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, Le Blog

- C'était une fille de forte conviction, inébranlable dans ses décisions.

- Avait-elle peur de Kazu, ce dévoyé avec qui tout le monde avait tant de mal ?

- Pas du tout. Une fois, je l'ai vue réprimander Kazu en train d'arracher un cahier à un élève. Elle lui a repris le cahier en criant : "Honte à toi !" Kazu a reculé. Si l'on avait cherché des points faibles chez Akitsu, on en aurait trouvé comme chez n'importe qui. Mais contrairement à moi, elle n'aurait pas toléré l'ijime

A la fin de l'entretien, le visage de Jirô était beaucoup plus détendu qu'au début. Je lui ai demandé s'il connaissait l'histoire des usubaki-tonbo. Il a dit "Non." Je lui ai raconté ce que j'avais appris de mon père. Il s'est écrié : "Incroyable ! D'aussi petits insectes. Où trouvent-ils toute cette énergie ? Je voudrais en avoir autant."


Tonbo, Aki Shimazaki, 3ème volet de la pentalogie AU COEUR DU YAMATO publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -   Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante, une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. Expose, en même temps, des points d'Histoire ou particularités de la société japonaise.

Ici est exploré le traumatisme du suicide d'un parent et le thème de l'ijime, brimades action de persécuter, harcèlement, et rapports entre tourmenteur et victime.


Mon père avait noté que l'empereur Jinmu dit en contemplant son pays Yamato du sommet d'une montagne : "Akizu no toname no gotoku ni aru kana." C'est-à-dire : "La forme du pays ressemble à un accouplement de libellules." Akizu ou Akizu-shima, l'ancien mot pour tonbo qui veut aussi dire Yamato, Japon. On l'appelle également Akitsu depuis l'époque du Heian.

je suis tombée amoureuse d'un samourai (yamabuki - au coeur du yamato)

Keep On Loving You, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, le Feuilleton
Elle raconte doucement son histoire. Je l'écoute avec beaucoup d'intérêt.

Lors de sa retraite, monsieur S. a reçu une somme considérable comme prime de départ de la compagnie où il avait travaillé pendant trente-huit ans. Il lui a dit une chose à laquelle elle ne s'attendait pas.

"Ma chérie, nous avons vécu ensemble plus de trente ans. J'ai travaillé pour nourrir la famille, tu t'es occupée des enfants et de la maison. Je te remercie à nouveau pour tout ce que tu as fait comme femme et mère. Tu pourras garder la moitié de cette somme à ton nom, au lieu de la mettre à notre compte commun.

Maintenant que nos enfants sont tous autonomes, nous sommes de nouveau seuls. Je veux m'assurer que tu désires vraiment continuer notre vie conjugale. Il reste au moins vingt ans devant nous, si nous n'avons pas de graves problèmes de santé. Je crois que c'est le moment d'envisager sérieusement notre avenir à tous deux."

Émue, je demande à madame S. :

- Comment avez-vous réagi ?

- Franchement, j'étais embarrassée. Mon mari devinait bien ce que je pensais : "Je ne suis pas satisfaite de notre relation, mais je continuerai de vivre avec lui jusqu'à la fin."

Monsieur S. était de notre génération. Pendant la guerre, il avait été soldat comme Tsuyoshi, et après, encore soldat, cette fois pour la guerre économique. Travailler, travailler et travailler.


Selon elle, monsieur S. était un peu autoritaire mais très responsable. Il prenait toujours ses décisions pour le bien de ses enfants et de sa femme. C'était un homme de principes. Après tout, elle l'avait épousé simplement parce qu'elle en était amoureuse.

- J'ai décidé de mieux vivre avec lui, dit-elle. A ce moment-là, il m'est venu une idée : ouvrir un café pour étudiants. C'était mon rêve.

Je m'exclame :

- Quelle bonne idée !

Je me rappelle que sa passion était de faire des gâteaux. Ses enfant critiquaient chaque nouvelle recette et elle faisait des progrès. Madame S. me dit :

- J'en ai alors discuté avec lui. Il a accepté après mûre réflexion.

Ainsi, ce couple a travaillé ensemble pendant vingt ans dans son café avant de le vendre voilà cinq ans. Il leur avait fallu plusieurs années pour mettre l'affaire sur la bonne voie. Madame S. ajoute en riant :

- Nous nous entendions mieux que jamais. Nos enfants étaient heureux pour nous, évidemment. Mon mari s'amusait encore plus que moi dans cette aventure ! 



Yamabuki, Aki Shimazaki est le 5ème volet de la pentalogie AU COEUR DU YAMATO publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -  Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante, une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. Expose, en même temps, des points d'Histoire ou particularités de la société japonaise. 

Ici, c'est de mariage qu'il s'agit.



- Pardon ?
- Je ne veux plus me marier par intermédiaire ni par miaï.
Ses yeux s'écarquillent. Je dis d'une seule traite :
- J'attendrai l'arrivée d'un homme qui m'acceptera sans conditions, simplement parce qu'il est amoureux de moi. Et je l'épouserai simplement parce que je suis amoureuse de lui. Sinon, je resterai célibataire.

ah, ça s'explique ! (mitsuba - au coeur du yamato)

Keep On Loving You, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, le Feuilleton

Je me présente pour la première fois :

- Je m'appelle Takashi Aoki.

Elle répond en me tendant la main :

- Je m'appelle Yuriko Shibata.

Je lui demande les idéogrammes de son nom en kanji et je les répète dans ma tête.

- Je t'enverrai une carte postale, dis-je, à l'adresse du café Torêhuru.

Ses yeux brillent :

- C'est gentil ! Je l'attendrai avec plaisir !

Je marche dans une petite ruelle qui mène à la station de métro. Je pense à Yûko. Je me rends compte que Yûko et Yuriko Shibata ont en commun certains traits de caractère et une allure distinguée.





Mitusuba, Aki Shimazaki Tome 1 de la pentalogie AU COEUR DU YAMATO publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -   Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante,
une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. Expose, en même temps, des points d'Histoire ou particularités de la société japonaise. 

Ici c'est le poids de l'entreprise japonaise sur la vie personnelle des employés. 


- Avez-vous déjà regardé le panorama nocturne de Kobe ?
- Non, pas encore.
- C'est magnifique. Je vous le montrerai ce soir. J'ai réservé une chambre avec une belle vue.

elle m'a dit qu'elle allait rencontrer son amoureux de jeunesse. c'est chouette ! (zakuro - au coeur du yamato)

Keep On Loving You, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, le Feuilleton
J'entre dans une rue commerçante. Des gens, des voitures et de bicyclettes passent sans arrêt. Les maison et les magasins ressemblent à ce qu'on trouve partout au Japon. Pourtant, j'éprouve le sentiment d'être perdu quelque part, comme dans un labyrinthe.


En marchant, je me souviens d'une conversation avec l'un de nos clients américains. Il m'avait dit, frustré : "Il n'y a pas de noms ni de numéros de rue. Comment fait-on pour se rendre à l'endroit qu'on cherche ? Je lui ai répondu : " Demandez -le au poste de police ou bien au facteur du quartier. Ils connaissent les noms des résidents par coeur..." Il n'était pas content : "Les villes japonaises sont de véritables labyrinthes !" Le mot "labyrinthe" évoque la vie de mon père  : en un sens, un endroit pareil est commode pour des gens qui veulent vivre dans l'anonymat.


Zakuro, Tome 2 de la pentalogie AU COEUR DU YAMATO publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -   Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante, une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. Expose, en même temps, des points d'Histoire ou particularités de la société japonaise. 

Ici la déportation en Sibérie de japonais, soldats et civils, après la seconde guerre mondiale, et les disparitions. Une vieille femme, atteinte de la maladie d'Alzheimer, a l'intuition que son mari, elle l'attend depuis 25 ans, est en vie.



Satoshi me dit : 

- On parle beaucoup des victimes des bombes atomiques larguées sur Nagasaki et Hiroshima. Pourquoi ignore-t-on les victimes des travaux forcés en Sibérie ?

Il a raison. On dit que plus de 600 000 Japonais y ont été déportés, sans préavis. Pire encore, plus de 60 000 y sont morts... Et même maintenant, vingt-cinq ans après la fin de la guerre, personne ne connaît le nombre exact de victimes de cette déportation, mortes ou vivantes. En réalité, les chiffres réels doivent être beaucoup plus élevés que ceux qu'on donne officiellement. Honnêtement, je ne sais vraiment pas pourquoi ce sujet est traité aussi froidement. Je suis curieux de savoir ce que mon père en penserait.


"bi... bisexuel ?" (tsukushi - au coeur du yamato)

Keep On Loving You, Cigarettes After Sex

Anna Valenn, le Feuilleton 
Il est déjà midi et quart. Nous avons faim. Yoshiko me demande ce que je voudrais pour le déjeuner. Je lui réponds que j'ai envie de manger des nouilles, udon ou soba. Elle dit que près d'ici il y a un restaurant qui sert des nouilles délicieuses, fabriquées à la main. Les gourmets du quartier l'adorent. Elle souligne : "Son tempura-udon est exquis !" Je suis tentée. Nous décidons d'y aller.

Le restaurant s'appelle Zakuro. Ce nom écrit en hiragana sur l'enseigne me plaît déjà. Le bâtiment est vétuste mais propret. Sur le noren bleu foncé sont dessinées plusieurs petites grenades rouges. Je me rappelle de leurs symboles : "sottise et élégance mûre". Yoshiko me dit que ce restaurant existe depuis plus de trente ans. Je suis étonnée. Quand j'étais jeune, je visitais souvent le quartier chinois avec mes parents. Nous passions toujours dans cette rue. Etrangement, je n'avais jamais remarqué ce restaurant.


Tsukushi, Aki Shimazaki, 4ème tome de la pentalogie AU COEUR DU YAMATO publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -   Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante, une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. Expose, en même temps, des points d'Histoire ou particularités de la société japonaise. Ici le thème abordé est la bisexualité dans la société, famille traditionnelle japonaise.

J'entre dans notre chambre à coucher. Les draps de nos lits sont bien rangés. Je me dirige vers la table de chevet entre les deux lits. Je tire le tiroir et vois dedans des boutons de manchette, des épingles de cravate, des stylos, deux briquets et des boîtes d'allumettes. "Ah, les voilà !" Je prends la boîte dont l'image est la plus jolie : deux tsukushi peints à l'aquarelle. L'image m'attire. Je m'assieds sur mon lit et la fixe quelques instants.

Les deux tsukushi se dressent, presque de la même taille, sur un fond de teintes pastel. Ils sont couleur de peau, avec des nuances différentes : l'un plus foncé, l'autre plus pâle. Je murmure, malgré moi : "Sensuel..." Je regarde l'autre en face. Là, il y a un mot écrit en anglais : "fraternity". Ce mot est placé en bas à droite, très discrètement. La couleur du fond est aussi en teintes pastel. Il n'y a pas d'adresse, ni de numéro de téléphone, comme ceux d'un restaurant, d'un café ou d'un bar. C'est curieux. En tout cas, cette image de tsukushi me plaît beaucoup. Je glisse la boîte d'allumettes dans la poche de mon pantalon.

c'est l'odeur du printemps ! (tsubame - le poids des secrets)

Tokyo Kiss, Arthur H 
- Rien n'est plus précieux que la liberté.
N'oublie jamais ça, Yonhi.
Je lui ai demandé timidement pourquoi elle et son mari n'étaient pas retournés dans leur pays après la guerre. Elle m'a dit : "Je suis née dans l'île de Cheju et je l'ai quittée avec mon mari à cause du choléra qui a frappé la population durant l'été 1920. C'était un endroit très pauvre à l'époque. Les gens sont devenus encore plus pauvres. Alors, nous avons décidé d'aller au Japon chercher du travail. Le massacre des Coréens lors du tremblement de terre nous a fait craindre de continuer à vivre au Japon, mais nous ne savions où aller. La vie dans l'île était toujours difficile. Il était hors de question de partir pour le continent. Là-bas, la discrimination contre les gens originaires de l'île était aussi sévère que celle en vigueur au Japon. Alors nous avons décidé de rester ici."

Et à la fin, elle a dit quelque chose que je n'avais jamais imaginé : "Nous avons été sauvés par un policier japonais lors de la crise en 1923." Selon elle, il a protégé quelque trois cents Coréens à son poste. Mille japonais étaient arrivés là-bas en criant que les Coréens avaient jeté du poison dans les puits. Le policier leur a hurlé : "Si c'est vrai, apportez l'eau ici. Je vais la boire !" Il l'a bue réellement. Les gens ont enfin quitté le poste. Sans lui, madame Kim et son mari auraient été tués. Elle a ajouté : "C'est une chance très rare d'avoir rencontré une personne brave comme lui. C'est dommage. Quand même, son existence nous a donné l'espoir de vivre ici, comme celle de l'institutrice japonaise et des autres qui élèvent la voix pour les victimes de ce massacre."

Je m'allonge sur le dos dans l'herbe. Je ne vois que le ciel. Il vente légèrement. Les oiseaux chantent dans l'arbre. Quelle tranquillité ! Je ferme les yeux. Je voudrais rester ainsi longtemps, sans penser à rien.




Tsubame, Aki ShimazakiTome 3 de la pentalogie LE POIDS DES SECRETS publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. Brève note de lecture bientôt ! (Les romans d'Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous.)

Un jour, madame Tanaka installe un hibachi devant la porte de l'église. Elle met dedans du charbon de bois et l'allume. Le gril vient d'être placé sur le hibachi. Les enfants entourent madame Tanaka avec curiosité. Le petit garçon lu demande :

- Qu'est-ce que tu fais, Obâchan ?

Elle dit :
- On mange quelque chose de bon !

Elle apporte un filet rempli de gros coquillages. Quelqu'un d'entre nous cire :
Hamaguri !

Madame Tanaka dit :
Exact ! Tu connais bien le nom de ces coquillages. C'est la saison. On en mange chaque année lors de la fête des filles.

Une fille lui demande :

- Pourquoi ?
- Chez les hamaguri, il n'y a que deux parties qui vont exactement ensemble, même si en apparence elles semblent pareilles. On souhaite que les filles puissent rencontrer l'homme idéal pour le reste de leur vie.

Tout le monde ricane. Madama Tanaka dit d'un ton sérieux :
- Après avoir mangé, jouez avec les coquilles et retrouvez les paires originales. Ce n'est pas facile, vous allez vite vous en rendre compte.

Le charbon de bois brûle bien. Les coquillages ouvrent leur bouche l'un après l'autre. Le jus tombe sur le feu. L'odeur appétissante se répand. Le prêtre sort de l'église.

- Ca sent bon ! Qu'est-ce que c'est ?

Le petit garçon répond :
- C'est l'odeur du printemps !

Tout le monde rit.

c'étaient des camélias qui fleurissent en hiver (tsubaki - le poids des secrets) +1

Tokyo Kiss, Arthur H
Anna Valenn aime les +1ers romans
"C'était le premier hiver à Nagasaki. Yukio reçut une lettre de son père lui annonçant qu'il devrait rester en Mandchourie plus longtemps que prévu. Yukio était déçu. Sa mère attendait son mari sans se plaindre. Personne ne savait pourquoi il devait rester plus longtemps là-bas et mon père n'en disait rien du tout.

Un soir, je sortis pour me promener comme d'habitude dans le bois en souhaitant que Yukio soit là. Je fus heureuse de l'apercevoir à l'autre bout du chemin. Nous nous sommes approchés de la pierre et nous nous sommes assis.

Je dis :

- Je suis désolée que ton père ne revienne pas encore.

Il se taisait. Je tremblais de froid.

- Tu ne portes qu'un chandail ! cria-t-il.

Il portait un gros manteau de son père. Il l'ouvrit pour que je puisse m'y réchauffer. Bien que son geste m'ait étonnée, je m'appuyai contre sa poitrine. La chaleur courait dans mon corps.

Couverte du manteau, je restais immobile. J'entendais le vent souffler doucement dans les feuilles de bambous. La tranquillité et la paix étaient entre nous et autour de nous. Le temps s'arrêtait. 

Je voyais les boutons de camélias, bien tenus par les calices. C'étaient des camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambous et le rouge des camélias. C'était une beauté sereine et solitaire."


Tsubaki, Aki Shimazaki Tome 1 de la pentalogie LE POIDS DES SECRETS publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. - Brève note de (re)lecture bientôt. 


Je confesse maintenant la vérité. Ce n'est pas la bombe atomique qui a tué mon père. C'est moi qui l'ai tué. C'est une coïncidence que la bombe atomique soit tombée le jour de sa mort. Il semble qu'il serait mort ce jour-là d'une manière ou d'une autre. Je n'ai aucune intention de me défendre du crime que j'ai commis. Dans les circonstances, je n'avais pas d'autre choix que de le tuer, même si c'était un parent exemplaire et qu'il n'y avait rien de mal entre nous.

merci mon chéri (wasurenagusa - le poids des secrets)

Tokyo Kiss, Arthur H
A l'entrée du cimetière, Yukio s'exclame :
- Il est grand ! 

Je dis : 
- La prochaine fois je te montrerai aussi le temple M. où mes ancêtres sont enterrés. Le cimetière est beaucoup plus grand que celui-ci. 

Anna Valenn x Fan de Mini Séries

Il me demande : 
- Où est-il ?

Je réponds :
A Tokyo, dans le quartier où mes parents habitent.
Je me courbe devant une pierre pour lire les lettres. J'entends Yukio dire derrière moi :

- Où est la nôtre maman ?

- Nous n'avons pas de tombe, répond Mariko.

- Qu-est-ce que ça veut dire ? Nous n'avons pas d'ancêtres ?

- Nous en avons, mais nous ignorons qui ils sont.

Il se tait un moment. Mariko dit brusquement : 
- Yukio, je vais bientôt épouser monsieur Takahashi.

J'en ai le souffle coupé. Elle continue :
- Nous habiterons ensemble tous les trois. Monsieur Takahashi t'aime beaucoup.

Yukio reste silencieux, longtemps.
- Monsieur Takahashi... dit-il enfin.

Je me retourne vers lui. Il dit :

- Moi aussi, je vous aime beaucoup. Je savais que vouliez épouser ma mère, mais pouvez-vous me promettre une chose ?

Il est sérieux. Son regard et ses paroles me rappellent le prêtre étranger. Mariko est sur le point de me dire quelque chose. Je fixe Yukio dans les yeux :

- J'écoute.


Il dit :
- Je veux que vous promettiez de ne jamais faire pleurer ma mère.

- Yukio ! s'écrit Mariko.

Elle est stupéfaite. Je prends les mains de Yukio : 
- Oui. Je te le promets. C'est entendu !

Il sourit enfin et saute à mon cou. Je le serre fort dans mes bras.


Wasurenagusa, Aki Shimazaki, Tome 4 de la pentalogie LE POIDS DES SECRETS publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. - Brève note de lecture bientôt. 



Mon père est décédé en 1955. Ma mère, l'année suivante. Selon la loi, leur avocat a communiqué avec moi pour régler la succession. Je me suis rendu à Tokyo et j'ai reçu l'argent qu'ils avaient gardé en banque. Ensuite, je suis allé au temple M. payer les frais d'entretien de la tombe de nos ancêtres. Et après, je suis allé à l'hôtel de ville m'informer sur tous les orphelinats de la ville. Je les ai visités un à un en distribuant l'argent de mes parents. Quand je suis revenu à Nagasaki, Mariko m'a dit : "Vivant ou non, le prêtre apprécie ce que tu as fait. Merci mon chéri."