Affichage des articles dont le libellé est Actes Sud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Actes Sud. Afficher tous les articles

journal d'un effondrement

Anna Valenn, Le Blog



En arrivant, j'ai observé mon concierge sri-lankais. Il était au milieu du petit jardin devant l'immeuble dont il prend un soin méticuleux. Il a rendu leur vigueur aux gardénias, aux hibiscus, il a adroitement taillé les néfliers. Chaque fois qu'une plante se meurt sur notre terrasse, nous la lui donnons et, quelques jours après, nous la retrouvons resplendissante. Ce matin, il s'occupait des rosiers. Il m'a fait penser au professeur Tournesol et à ses roses blanches. Ou même, par son indifférence à la tourmente, alors que son salaire ne vaut plus rien et que les lendemains pourraient lui être encore plus difficiles, à ces poètes s'occupant de leurs roseraies tandis que les hordes mongoles s'apprêtent à déferler sur Ispahan et Tabriz. 




Beyrouth 2020 - Journal d'un effondrement, Charif Majdalani
 aux éditions Actes Sud - Lecture remise à plus tard.

les suprêmes chantent le blues / the supremes sing the happy heartache blues

Big Blue, Vampire Weekend


Anna Valenn, Le Blog

“There they are. My brothers and sisters,” El said of the row of white and black faces in the photo. 

“Your foster home was integrated way back then?” 

“Sure was.” El turned toward her as he spoke, and the movement jostled his bandaged foot. He let out a long hiss between pursed lips. But when Barbara Jean asked if he wanted her to call for the nurse and request more pain medication, he said no. 

“For a long time, that house was the only place in Plainview that was mixed. The second was the Pink Slipper. Folks nobody gave a damn about were always left to mingle as they pleased, long as they didn’t try to associate with decent people."




The Supremes Sing the Happy Heartache Blues / Les Suprêmes chantent le blues, Edward Kelsey Moore traduit de l'américain par Emmanuelle et Philippe Aronson publié chez Actes Sud, en Babel aussi. - C'est la suite du roman "Les Suprêmes", où l'on retrouve le talent d'Edward Kelsey Moore pour traiter de sujets douloureux, ici les ravages de la drogue, de manière chaleureuse. Une lecture distrayante, qui remplit d'espérance.

Back in the 1960s, our schoolmates had started calling Barbara Jean, Clarice, and me “the Supremes” after the singing group. The more widely known Supremes had been separated by fame, acrimony, and death. But more than forty years after our trio was formed, the Plainview Supremes stood united.

ouragan

Rock You Like a Hurricane, Scorpions

Anna Valenn, Le Blog
Le mari qui demande à sa femme si elle a vu ce fou qui roule en sens inverse, un type qui n'a pas été prévenu peut-être, mais non, comment serait-ce possible ? ou quelqu'un qui a oublié chez lui quelque chose de vraiment important, mais qu'est-ce qui peut bien valoir de revenir ainsi en arrière ? Et le silence finit par s'installer dans la voiture, chacun se demandant, en son âme et conscience, ce qui pourrait bien justifier, pour eux, de faire marche arrière. Il roule tout droit et va toujours plus vite. Il remonte le long fleuve embouteillé de l'exode et il pense qu'il est comme eux, exactement comme eux. Lui aussi roule pour sa survie, lui aussi a pris sa voiture pour se sauver.




Ouragan, Laurent Gaudé chez Actes Sud, en J'ai Lu. - On est en Louisiane. L'Ouragan, une centenaire noire et altière, des prisonniers enragés, une femme et son enfant noir, un homme amoureux, un illuminé, la furie des éléments,  l'appétit des alligators, c'est l'apocalypse et la lutte pour la survie, le courage, la folie et la grâce. 


Un roman chorale qui donne la force de se relever. Et l'écriture de Laurent Gaudé est ardente.


Je m'assois. Et je le fais toujours avec un sourire d'aise, n'en déplaise aux jeunes qui me regardent en se demandant quel besoin a une vieille carne dans mon genre de prendre le bus si tôt, encore qu'il n'en soit pas tant que ça à se demander ce genre de choses car la plupart s'en foutent, comme ils se foutent de tout. Je le fais parce que j'ai gagné le droit de le faire et que je veux mourir en ayant passé plus de
jours à l'avant des bus, qu'à l'arrière, tête basse, comme un animal honteux. Je le fais et c'est encore meilleur lorsque je tombe sur des vieux Blancs. Alors, là, oui, je prends tout mon temps. Car je sais que, même s'ils font mine de rien, ils ne peuvent s'empêcher de penser qu'il fut un temps, pas si lointain, où mon odeur de négresse ne pouvait pas les importuner si tôt le matin, et j'y pense moi aussi - si bien que nous sommes unis, d'une pensée commune, même si chacun fait bien attention de ne rien laisser paraître, nous sommes unis, ou plutôt face à face - et je gagne, chaque fois. Je m'assois le plus près de là où ils sont, en posant mes fesses sur un morceau de leur veste si possible pour qu'ils soient obligés de tirer dessus et que leur mécontentement croisse encore. Jamais aucun de ces vieux Blancs ne m'a laissé sa place lorsqu'il est arrivé que le bus soit plein. Une fois seulement, alors que j'avançais dans la travée centrale, un homme m'a souri, s'est déplacé pour aller côté fenêtre et m'a fait signe de m’installer à côté de lui, sur la place qu’il libérait. “Tu n’as pas peur des vieilles vaches noires, fils ?” j’ai lancé pour rie. Il m’a répondu en souriant : “Nous nous sommes battus pour cela.” C’est depuis ce jour que lorsque j’ai besoin d’un clou, ou d’une ampoule - ce qui n’arrive pas si souvent -, je traverse la ville pour aller chez Roston and Sons, le quincailler. Car ce jeune blanc-bec est le cadet du vieux Roston et je me fous que le clou soit plus cher qu’ailleurs, j’y vais au nom des vieilles luttes et du goût savoureux de la victoire.

quand avons-nous été heureux ? (le soleil des scorta)

Le temps est bon, Bon entendeur

Anna Valenn, Le Blog
"Que dirais-tu, répondit Giuseppe, d'un homme qui, au terme de sa vie, déclarerait que le jour le plus heureux de son existence fut celui d'un repas ? Est-ce qu'il n'y a pas de joies plus grandes dans la vie d'un homme ? N'est-ce pas le signe d'une vie misérable ? Est-ce que je ne devrais pas avoir honte ? Et pourtant, je t'assure, chaque fois que j'y réfléchis, c'est ce souvenir-là qui s'impose. Je me souviens de tout. Il y avait du risotto aux fruits de mer qui fondait dans la bouche. Ta Giuseppina portait une robe bleu ciel. Elle était belle comme un coeur et s'activait de la table à la cuisine, sans cesse. Je me souviens de toi, au four, suant comme un travailleur à la mine. Et le bruit des poissons qui sifflaient sur le gril. Tu vois, Après une vie entière, c'est le souvenir le plus beau de tous. Est-ce que cela ne fait pas de moi le plus misérable des hommes ?"

Raffaele avait écouté avec douceur. La voix de son frère lui avait fait revivre ce repas. Il avait revu lui aussi, la congrégation joyeuse des Scorta. Les plats qui passaient de main en main. Le bonheur de manger ensemble.

"Non, Peppe, dit-il à son frère, tu as raison. Qui peut se vanter d'avoir connu pareil bonheur ? Nous ne sommes pas si nombreux. Et pourquoi faudrait-il le mépriser ? Parce que nous mangions ? Parce que ça sentait la friture et que nos chemises étaient mouchetées de sauce tomate  ? Heureux celui qui a connu ces repas-là. Nous étions ensemble. Nous avons mangé, discuté, crié, ri et bu comme des hommes. Côte à côte. C'étaient des instants précieux, Peppe. Tu as raison. Et je donnerais cher pour connaître à nouveau la saveur. Entendre à nouveau vos rires puissants dans l'odeur du laurier grillé."





Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé chez Actes Sud. Prix Goncourt. En format poche, Babel et J'ai Lu. - On est dans un village des Pouilles, son église et sa terre aride. Saga familiale  et roman solaire. L'écriture de Laurent Gaudé est ARDENTE.

maïmaï (l'ombre du chardon 5)

Southern Man, Akshin Alizadeh
Anna Valenn, Le Blog
Elle s'arrête devant le portrait que je suis en train de faire.

- Qui est cette dame sexy ? 


- C'est maman.

- Ta mère ?! 

L'air confus, elle poursuit :

- Je ne me souviens pas de son visage, mais cette image est totalement inattendue pour moi, loin d'une libraire en tenue modeste et entourée de livres.

- Elle était entraîneuse de bar.

- Entraîneuse ?

Hanako est stupéfaite. Je me demande pourquoi je suis si franc avec elle. L'autre jour, lorsque j'ai vu Mina, je n'a pas osé lui parler de ce côté de maman, bien que nous nous fréquentions en vue d'un mariage. Hanako se tourne vers moi :

- Je perçois sur cette toile une femme très intelligente et déterminée.



Maïmaï (L'OMBRE DU CHARDON 5), Aki Shimazaki publié chez Léméac/Actes Sud. -  Les Aki Shimazaki, on en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les chérit.


Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et subtile, et dans une langue hybride française-canadienne-japonaise. C'est unique. Elle fonctionne par série de cinq romans liés entre eux, chacun éclairant les quatre autres.

Maïmaï clôt la série L'ombre du chardonMitsuko Tsuji meurt d'une crise cardiaque. Tarô, son fils, métis et sourd-muet retrouve Hanako, son amie de quand il était petit. Pourront-ils vivre leur amour ? - Un Aki Shimazaki réussi, peu conventionnel, et profondément moral.

ah, quel bonheur ! (fuki-no-tô - l'ombre du chardon 4)

Southern Man, Akshin Alizadeh
Anna Valenn, Le Blog


Ce qui m'a dérangée ce soir-là, c'est quand j'ai vu Fukiko croiser une jeune femme élégante dans le restaurant. Les deux ont échangé quelques mots avec un air intime. Fukiko portait un pull en mohair. Cette femme lui caressait le bras. Elle faisait un commentaire sur la qualité de la laine, mais je ressentais de la jalousie envers cette inconnue.



Fuki-no-tô  est le quatrième volet de la pentalogie L'OMBRE DU CHARDON de Aki Shimazaki publié chez Léméac/Actes Sud et dernier Aki Shimazaki paru à ce jour. -  Les Aki Shimazaki, ah, quel bonheur ! On en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime.

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante dans une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par pentalogie, série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. 

Atsuko est fermière-femme d'affaires, et mère et épouse. Surgit dans sa vie Fukiko, une amie d'adolescence, en instance de divorce après vingt-deux ans de mariage. Ici Aki Shimazaki aborde le sujet de l'homosexualité féminine avec délicatesse, sensualité et liberté.

"shachô, vous connaissez tous ces gens ? c'est impressionnant !" (suisen - l'ombre du chardon 3)

Southern Man, Akshin Alizadeh

Anna Valenn, Le Blog

Je suis tout le temps entouré de nombreuses personnes. Les partys me plaisent. Je ne rencontre personne de façon désintéressée. Je me vante de fréquenter les célébrités en montrant leurs photos avec moi. Tout le monde m'envie : "Shachôvous connaissez tous ces gens ? C'est impressionnant !"



Suisen, Aki Shimazaki Éditions Leméac/Actes Sud - Les Aki Shimazakiah, quel bonheur ! On en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime. 

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante dans une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par pentalogie, série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. 

"Gorô le gentil" est président du sakaya Kida et collectionneur de maîtresses. Ici le sujet est le Narcisse, délateur en plus, et comment s'en défaire.



Je la tire vers moi et glisse la main sous son kimono pour toucher sa forte poitrine. Elle tortille des hanches. 

O. est toujours amoureuse de moi après quatre ans. Je n'imaginais pas que cette affaire durerait si longtemps. En général, je me lasse d'une aventure après deux ou trois ans au maximum. Je ne sais pas ce que j'éprouve vraiment pour cette veuve. Ce qui est certain est qu'elle me convient.


Après tout, qu'est-ce que c'est, l'amour ? J'aime bien toutes les femmes qui couchent avec moi. C'est tout. Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. Il faut en profiter.

la mort du roi tsongor

Exit Music, Radiohead

Anna Valenn, Le Blog
"Je comprends ta peur, Sango Kerim. Elle est juste. Il n'y a pas de victoire."

Et il avait raison. Sango Kerim le comprit. Il regardait la ville à ses pieds qui se préparait au combat du lendemain. Et il sut que le siège de Massaba était une folie. Au fil des jours, des mois, des années qui viendraient, il ne connaîtrait plus que le rythme alterné des victoires et des deuils. Et chaque victoire, même, aurait un goût profond de blessure car elle serait obtenue sur des hommes et sur une ville qu'il aimait.


La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé chez Actes Sud et en Livre de Poche. Prix Goncourt des lycéens. - Un conte sur l'orgueil mal placé et la bêtise têtue. Batailles de coqs, frère contre frère, et ruines cendres et misère. Texte court, 204 pages, et c'est bien assez. Message passé !


La bataille fut horrible et dura tout le jour. A la poussée fiévreuse de Danga, Arkalas et Barnak opposaient une résistance tenace. Le mur qu'ils formaient semblait infranchissable. Danga enrageait. Le palais était là. A cinq cents mètres à peine. Il le voyait. Il lui suffisait de passer cette poignée d'hommes pour reprendre la ville de son frère. Mais rien n'y faisait. Arkalas se battait comme un dément. Il haranguait ses ennemis. Les provoquait. Venait les chercher lorsque ceux-ci hésitaient à attaquer. Le vieux Barnak, ivre de drogue, semblait danser entre les morts. Aucune pique, aucune flèche ne pouvait l'atteindre. il parait tous les coups. Et ses compagnons semblaient animés par une vigueur de danseurs en transe. Danga, petit à petit, reculait. Alors furieux de ne pas parvenir à pénétrer dans Massaba, il ordonna aux siens de tirer sur les maisons environnantes des flèches enflammées. Il mit le feu où il pouvait et le feu, comme une gangrène, se propagea de toit en toit, libérant, partout, une immense fumée. Les habitants, terrorisés, courraient d'un point à un autre, avec de pauvres récipients. Arkalas et Barnak avaient repoussé Danga et colmaté la brèche, mais le feu désormais mangeait la cité.

"qu'est-ce que je vais en faire ? lui demandai-je. - de quoi ? - de cette histoire." (idylle avec chien qui se noie / idylle mit entrinkendem hund)

Tears in Heaven, Eric Clapton

Et parfois, nous nous retrouvons la nuit dans la cuisine. Comme si nous venions de pays différents. Alors je nous prépare un chocolat chaud. Monika épluche une banane, m'en donne la moitié. Nous penchons la tête vers l'épaule de l'autre, Monika me dit que de nouveau elle n'a pas rêvé de Paula ; je lui dis que moi non plus, je n'ai pas rêvé d'elle. Monika réchauffe ses mains sur la tasse et pose ses pieds sur mes genoux, je commence à les masser. Je le fais parce que ça nous rappelle Paula. Paula allongée sur le canapé devant la télé et qui disait : "Maman, masse-moi les pieds." Pour le chocolat chaud, c'est la même chose. Je lui préparais un chocolat chaud pour chasser son chagrin. Elle ne voulait plus dormir dans sa chambre de petite fille. Lorsqu'elle venait de Vienne, Monika lui installait un drap et une couverture sur le canapé du salon. La dernière fois, elle avait dormi dans son lit, avant que son copain d'alors ne la quitte. Sa chambre était toujours hantée par toutes ces conversations téléphoniques, disait-elle, elle avait honte. Lorsqu'elle était rentrée de son voyage au Mexique, elle s'était assise à son bureau et avait tapé sur l'ordinateur les histoires qu'elle avait écrites en voyage sur un gros cahier d'écolier acheté là-bas. La journée, disait-elle, la chambre était une pièce neutre, peut-etre même un peu étrangère, ce qui lui plaisait ; la nuit, elle lui rappelait trop celle qu'elle avait été. Mais même en pleine journée, il fallait laisser la porte de sa chambre ouverte.






Idylle avec chien qui se noie, Michaël Köhlmeier traduit de l'allemand par Stéphanie Lux et publié aux éditions Jacqueline Chambon - Actes Sud - Comment survivre, et quoi écrire après la mort d'un enfant ? Michaël Köhlmeier, qui a perdu sa fille aînée dans un accident de montagne, nous livre ici une leçon d'écriture subtile.





"Je ne veux pas écrire cette histoire ! l'avais-je interrompu.
Il avait répondu : "Ne me racontez pas ce que vous ne voulez pas écrire ! Je suis votre éditeur !"

unzip me (les suprêmes / the supremes at earl's all-you-can-eat) +1

Feel Good Inc, Gorillaz

Anna Valenn aime les +1ers romans
The highlight of the mural is the sexiest picture of Jesus you’ve ever seen. He has high cheekbones and curly jet-black hair. His bronzed, outstretched arms bulge with muscles and He has the firm stomach of a Brazilian underwear model. His mouth seems to be blowing kisses to the congregation and His crown of thorns is tilted so He has a Frank Sinatra cool about Him. It all comes together in a way that makes you wonder if Jesus is about to ask you to join the church or to run outside for a game of beach volleyball with Him and a dozen of His hot biblical friends.






The Supremes at Earl's All-You-Can-Eat, Edward Kelsey Moore / Les Suprêmes traduit de l'américain par Cloé Tralci avec la collaboration d'Emmanuelle et de 
Philippe Aronson publié chez Actes Sud, et en Babel  Premier roman  d'Edward Kelsey Moore qui a le grand talent de traiter de sujets douloureux - ici : le cancer, l'infidélité chronique, le racisme violent, l'enfance battue - de manière chaleureuse et porteuse d'espérance. Une lecture distrayante de qualité.

je me recouvre de mots. tout ira bien. tout ira bien (les bijoux bleus / blauschmuck) +1

Mockingbird, Eminem

Anna Valenn aime les +1ers romans
Un matin je pose mes pieds dans la neige. L'automne est passé sans que je le remarque, je ne sais pas si les feuilles étaient colorées, combien de temps elles sont restées accrochées aux arbres. Je ne sais pas quand il a commencé à neiger.

Je me souhaite une bonne matinée. Je me fais des compliments pour mon baklava, tu l'as bien réussi, Filiz ! Je suis contente de mes vêtements, tu es une couturière adroite, je prépare le petit-déjeuner, redresse la petite cuiller sur la soucoupe de Yunus et chuchote, merci Filiz ! Pendant la traite je bavarde avec moi-même de la jambe cassée de Seda, guérie depuis longtemps, des pierres précieuses de Leyla et de son ballon disparu, je me fais des déclarations d'amour en lavant le sol, je t'aime Filiz ! Et en allant chercher de l'eau, tu es mon étoile !

Et parfois je dis : J'ai peur.

L'enfant dans mon ventre m'est étranger une menace. Il ne fait rien d'autre que me donner des coups de pied et se nourrit de moi. Il est muet à l'intérieur comme son père l'est à l'extérieur.

Je me recouvre de mots. Tout ira bien. Tout ira bien.

Même si je ne me crois pas.

Tout ira bien.



Les Bijoux bleus / Blauschmuck premier roman de l'autrichienne Katharina Winkler d'après une histoire vraie, traduction Pierrick Steunou; éditions Jacqueline Chambon / Actes Sud. Prix du premier roman étranger 2017. - Filiz vit dans un village turc, son père bat sa mère, c'est ainsi, les femmes reçoivent des coups qui leur font des bijoux bleus. Yunus séduit Filiz. Elle s'enfuit pour l'épouser, elle a 12 ans. Et s'ouvre le bal des violences conjugales. Coups, viols, claustration. Filiz a son premier enfant à 13 ans, puis un deuxième et un troisième. La petite famille quitte la Turquie pour l'Autriche où Yunus a trouvé du travail. 
Un magnifique roman qui se dévore malgré la dureté, rendue soutenable par l'écriture imagée, aérée, de Katharina Winkler. Aussi par l'espoir d'une issue. Et issue il y aura. Ouf !


Je m'endors, parée de bleu profond.

J'apprends entre le linge et les enfants. Circulation à double sens. Seda pleure, elle s'est cognée, je pose la main sur son front. Interdiction de dépasser. Les pleurs de Seda coulent entre poids lourds et trafic fluide.

Je ne connais aucune femme qui apprenne aussi vite, dit le moniteur en faisant mon éloge auprès de Yunus.
Yunus me brise l'annulaire.

cette femme possédait énormément de livres. elle semblait très intelligente (azami - l'ombre du chardon 1)

Southern Man, Akshin Alizadeh


Anna Valenn, Le Blog
Je pense à son genji-na au bar X., Azami. Le même nom que je lui avais donné dans mon journal intime de l'époque. Elle serait surprise si elle le savait. C'était mon invention, mon secret. Mais comment a-t-elle aussi choisi ce surnom ? J'aimerais bien le savoir.

L'azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n'en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d'un abord difficile.



Azami est le 1er tome de la pentalogie L'OMBRE DU CHARDON de Aki Shimazaki publié chez Léméac/Actes Sud ; en format poche Babel. -  Les Aki Shimazakiah, quel bonheur ! On en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime. 

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante dans une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par pentalogie, série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. 

Ici Mitsuo est rédacteur dans une revue d'information générale, vit en couple "sexless" avec Atsuko; Mitsuko est entraîneuse le vendredi soir et serveuse dans un café le jour, et mère célibataire aimante d'un petit garçon métis sourd-muet; Gorô est président du sakaya Kida et collectionneur de maîtresses; les trois ont été dans la même classe, une année,  à l'école primaire. 

À suivre !

"vous êtes vraiment décidée ?" (hôzuki - l'ombre du chardon 2)

Southern Man, Akshin Alizadeh
Anna Valenn, Le Blog
Au bar, personne ne sait que je suis bouquiniste, à part K., un de mes clients et commentateur historique et me donne de bons conseils pour mes livres. C'est lui qui m'a présentée au patron de ce bar, qui est aussi peintre. Celui-ci a choisi mon surnom, Azami, en me disant : "Tu es belle mais d'un abord difficile." Je ne l'ai pas nié.


Hôzuki  est le deuxième tome de la pentalogie L'OMBRE DU CHARDON de Aki Shimazaki publié chez Léméac/Actes Sud. -  Les Aki Shimazakiah, quel bonheur ! On en lit un, on les lit tous, on les lit, on les relit, on les prête, on les offre à ceux qu'on aime. 

Aki Shimazaki a l'art de raconter des histoires, autour d'un secret. Elle écrit de manière minimaliste et troublante dans une langue franco canado japonaise au charme fou. Elle fonctionne par pentalogie, série de cinq romans liés entre eux, chaque roman éclairant les quatre autres. 

Ici c'est de maternité et d'amour maternel qu'il s'agit.

Kako Sato est épouse de diplomate et mère d'une jeune Hanako; Mitsuko est entraîneuse de bar le vendredi soir et bouquiniste en semaine, et mère aimante d'un petit métis sourd-muet, Tarô. La rencontre a lieu dans la librairie de Mitsuko.

À suivre ! 

go go go grow grow grow! (la constellation du chien / the dog stars) +1

Finding Beauty, Craig Armstrong

Anna Valenn aime les +1ers romans
J'ai un voisin. Un seul. Nous deux sur un aérodrome de campagne à quelques kilomètres des montagnes. Un terrain de préparation au brevet où ils ont construit quelques maisons pour ceux qui n'arrivaient pas à dormir loin de leur petit avion, comme les golfeurs qui passent leur vie sur un golf. Bangley, c'est le nom inscrit sur les papiers de son vieux pick-up qui ne roule désormais plus. Bruce Bangley. Je les ai déterrés de la boîte à gants alors que je cherchais un manomètre que je puisse garder avec moi dans la Bête. Une adresse à Wheat Ridge. Mais je ne l'appelle jamais par son nom, à quoi bon, on n'est que tous les deux. Rien que nous sur un rayon d'au moins treize kilomètres ce qui représente la distance de plainee jusqu'à la lisière des bois de genevrier au pied de la montagne. Je m'en tiens à Hé ho.


Premier roman de Peter Heller, The Dog Stars / La Constellation du chien, merveilleuse traduction de Céline Leroy, belle belle  écriture sensible, pour les éditions ACTES SUD (aussi en format poche). - Dans une Amérique post-apocalyptique, une histoire de survie et d'amitié et d'amour, écrite dans une langue à forte personnalité.


I just say, Hey. Above the juniper is oak brush then black timber. Well, brown. Beetle killed and droughted. A lot of it standing dead now, just swaying like a thousand skeletons, sighing like a thousand ghosts, but not all. There are patches of green woods, and I am their biggest fan. root for them out here on the plain. Go Go Go Grow Grow Grow! That's our fight song. I yell it out the window as I fly low over. The green patches are spreading year by year. Life is tenacious if you give it one little bit of encouragement. I could swear they hear me. They wave back, wave their feathery arms back and forth down low by their sides, they remind me of women in kimonos. Tiny steps or no steps, wave wave hands at your sides.